Vendetta : Le baroud d’honneur d’Ernesto Perez.

 


                                                           

Par Robert Laplante

Il y a certains sujets qu’on croit connaître presque par cœur, mais qui continuent de nous étonner grâce à de nouvelles révélations ou à une nouvelle interprétation.

Considérez l’exemple de la mafia italo-américaine. J’ai lu et vu une multitude de bandes dessinées, de romans, d’études historiques, de séries télévisées, de documentaires et de films sur ce sujet. Cependant, à chaque fois, c’est comme si je la découvrais pour la première fois, grâce à mon regard neuf et émerveillé. Tandis que je dévorais « De Silence et de Sang » de François Cortegianni, Marc Malès, Jean-Yves Mitton et Emanuele Barison (14 volumes, parus chez Glénat, de 1986 à 2004), puis « Ce qui est à nous » de David Chauvel et Erwan Le Saëc (dix volumes, publiés chez Delcourt, entre 1999 et 2005),

Les bandes dessinées de Cortegianni et de Chauvel ont une place particulière dans ma mémoire « maffieuse », mais elles ne sont plus seules. Je dois maintenant inclure Vendetta, une adaptation du roman éponyme de R.J. Ellory, écrite par Fabrice Colin et Bartolomé Segui, et publiée par Sonatine en France en 2009.

En Louisiane, en 2006, Catherine Ducave, fille du gouverneur de l’État du Pélican, a mystérieusement disparu. Les agents du FBI sont sur le qui-vive, car personne ne sait où elle se trouve, pas même les experts en recherches de disparus. Jusqu’au moment où l’agent spécial du FBI, Leland Fraschetti, reçoit un appel d’un individu qui se fait passer pour son ravisseur. Il accepte de lui parler et de négocier sa libération, mais il doit s’entretenir avec Ray Hartmann, un agent spécial fédéral, affecté au bureau du procureur de New York, et qui essaye de refaire surface, loin de sa ville natale, La Nouvelle-Orléans.

Pendant plusieurs jours, l’homme vêtu d’un complet blanc délicat se livrera à des récits captivants sur l’histoire de la mafia italo-américaine, remontant aux années 1950. Cette histoire deviendra rapidement une histoire de vengeance glaciale et impitoyable, secouant tant le milieu criminel que la machine politique de la Louisiane.

Vendetta est une adaptation graphique remarquable d’un roman tout aussi captivant. C’est une véritable gifle dans la figure, une bande dessinée passionnante qui raconte à hauteur d’homme l’histoire du crime organisé et de l’Amérique, tout en mettant en lumière la vie des sicarios, ces exécuteurs de la Cosa Nostra, des pantins interchangeables, mais violents et soumis aux volontés des padrinos.

Si les mots de Fabrice Colin se moulent à merveille dans la fresque historique-criminelle d’Ellory, que dire des dessins de Segui qui s’adaptent parfaitement à l’ambiance glauque et cinématographique tricotée par le brummie, locataire régulier des palmarès des ventes. Grâce à son trait précis et efficace, Segui a su saisir l’essence de la Nouvelle-Orléans, une ville étouffante, humide, ensoleillée et entourée de mystère. Une Nouvelle-Orléans grouillante de vie, où nous avons l’impression de flâner lentement, comme si nous étions au rythme d’une mélodie impressionniste et mélancolique, à la manière des Cowboys Junkies.

En 126 pages, les deux auteurs dressent le portrait, qui m’a surpris autant qu’il m’a captivé, de cette Amérique mafieuse, cachée, obscure et puissante. Pourtant je pensais bien connaître cette Amérique mafieuse.

Manifestement, je me trompais.

Une belle surprise.

Je m’en voudrais de passer sous silence le décès, le 13 décembre dernier, du scénariste Normand Grégoire.Il avait scénarisé pour Richard Vallerand, l’excellente bédé : Arthur Leclair, projectionniste ambulant, consacrée aux débuts du cinéma au Québec et à ses projectionnistes. Une période fascinante que j’adore. Avec Julie Rocheleau, il avait aussi adapté le mythique roman de Claude Jasmin : La petite patrie. On se souvient que l’ouvrage portait sur l’adolescence de Jasmin à Montréal dans les années 1940. Les deux albums, publiés aux Éditions de la Pastèque, méritent le détour.

Merci Normand Grégoire et bon voyage.

Fabrice Colin, Bartolomé Segui, d’après le roman de R. J. Ellory, Vendetta, Philéas.

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