Barrio Negro : La fièvre montre à Panama City.
Par Robert Laplante
Enfin, une température parfaite pour bouquiner dans un parc. Et ça tombe bien, parce que j’ai deux lectures intéressantes à vous proposer pour profiter de ces très belles journées.
Barrio Negro.
Panama 1930. Joseph Dupuche et son épouse arrivent à Panama City, première étape d’un voyage qui doit les amener à Guayaquil, en Équateur. Le jeune ingénieur, engagé par la Société anonyme des Mines de l’Équateur (S.A.M.E), doit remplacer un de ses collègues au comportement douteux. Il serait devenu à moitié fou, adorerait la chicha et vivrait avec une indigène. En temps de crise économique, Dupuche s’estime heureux de pouvoir compter un tel emploi. L’avenir s’annonce donc radieux pour le couple qui vient tout juste de convoler en justes noces.
Mais voilà, à peine arrivé dans la capitale panaméenne, Dupuche découvre que la S.A.M.E. a fait banqueroute. Les tourtereaux se retrouvent coincés dans un pays inconnu, avec comme seuls amis ces expatriés français, méprisant envers les locaux, qui s’efforcent, eux aussi, de survivre dans cet eldorado factice, si loin de la France.
Adaptation brillante du roman de George Simenon, Barrio Negro est une impitoyable descente aux enfers d’un couple qui implose à mesure que ses rêves sud-américains se disloquent sur les falaises de l’isthme du Panama.
Encore une fois, José-Louis Bocquet met son talent scénaristique au service d’un Simenon qui décortique implacablement cette impossible cohabitation entre ces étrangers arrivistes en quête de richesses, d’aventures et d’exotisme et les Panaméens qui tentent de rester authentiques dans une société qu’ils ne reconnaissent plus.
À l’instar de maîtres horlogers, Simenon, Bocquet et Javi Rey, dont chaque dessin traduit la mélancolie des pasillos panaméens et le désespoir des promesses brisées, installent subtilement les pièces d’une infernale mécanique destructrice qui hante encore ma mémoire.
Impressionnant.
Blake et Mortimer, la double exposition.
En 1998, Dargaud lançait la collection « Le dernier chapitre ». Une initiative qui voulait nous faire vivre les derniers moments des grands héros de la bande dessinée. Le premier tome de cette série, qui en comprendra quatre, était consacré à Blake et Mortimer.
Sous l’égide d’André Julliard et de Didier Convard : L’aventure immobile racontait l’ultime enquête du duo. Ce récit illustré, situé à mi-chemin entre la nouvelle littéraire et le scénario, ne constitue ni une bande dessinée ni un roman. Il ne s’agit pas non plus d’une « novelisation » des péripéties du mythique tandem.
En 2021, les éditions Blake et Mortimer redonnaient vie à ces récits en publiant : La fiancée du Dr Septimus. Écrit par François Rivière et dessiné par Jean Harambat, cette nouvelle histoire se concentrait sur l’hypothétique adaptation cinématographique, par le légendaire James Whale, de l’enquête la plus célèbre des deux amis : celle de la marque jaune.
Pour lancer la collection « Les micro-aventures de Blake et Mortimer », l’éditeur a confié à James Huth, réalisateur et scénariste ayant tenté sans succès d’adapter « La marque jaune », à sa femme, la productrice, scénariste et directrice artistique Sonja Shillito, ainsi qu’à l’illustrateur Laurent Durieux la création d’une nouvelle aventure pour ce duo.
Invités à l’Exposition universelle de New York de 1964, nos deux amis sont exposés aux rayons d’une machine qui les réduit à l’échelle millimétrique. Piégés dans une maquette futuriste, ils doivent sauver l’humanité des plans machiavéliques d’un trio maléfique composé de Miloch, Septimus et Voronov.
Court récit : La double exposition est un album intéressant, mais qui manque d’un petit je-ne-sais-quoi. Comme si le monde de papier de Blake et Mortimer trouvait difficilement sa place dans ce format hybride.
Le récit est pourtant riche, l’exposition de 1964 est un terreau exceptionnel à exploiter et les illustrations de Durieux laissent transpirer tout ce potentiel. Mais je me suis senti un peu affamé à la conclusion de cette nouvelle aventure. Peut-être que c’est l’absence de respiration scénaristique qui m’a dérangé. Il est indéniable que tout va trop vite. Sans doute qu’avec une dizaine de pages de plus, l’histoire aurait pu adopter un rythme plus naturel.
Malgré tout, j’ai apprécié ma lecture, mais j’en aurais pris plus. J’espère que l’éditeur donnera aux micro-aventures de Blake et Mortimer le temps de se renforcer, d’évoluer vers une narration mature et d’explorer les frontières et les conventions de ces récits qui naviguent entre la nouvelle littéraire, la « novelisation » et le scénario.
Blake et Mortimer le méritent.
José-Louis Bocquet, Javy Rey, d’après le roman de George Simenon, Barrio Negro, Dargaud.
James Huth, Sonja Shillito. Laurent Durieux, d’après les personnages crées par Edgar P Jacobs, La double exposition, Blake et Mortimer.
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