XIII : Souvenirs retrouvés

 

                                                                 


                                      

 Par Robert Laplante

J’adore les complots. Si j’avais le talent pour écrire des scénarios de bédés, il est évident qu’ils exploreraient ces sentiers sinueux. Parce qu’il faut bien le reconnaitre, les conspirations sont des moteurs fascinants pour de suspenses haletants. Mais comme je n’ai ni le talent ni l’imagination pour imaginer des bandes dessinées qui s’intéressent à eux, je dois lire des bédés, des romans, des articles, des analyses savantes, visionner des films et des documentaires qui en traitent.


                                                 


Parmi toutes les productions du 9e art qui abordent la conspiration, et il y en a, de plus en plus, une fait bande à part, par son intelligence, son rythme et son graphisme efficace et puissant : XIII. À vrai dire, le complot élaboré par Van Hamme et Vance est tellement passionnant qu’on pourrait sans se tromper affirmer qu’il est à la bande dessinée ce qu’est l’assassinat de JFK pour les conspirationistes politiques : Le complot des complots.


                                            


Je dois toutefois avouer que je n’avais pas lu de XIII depuis un bout. Depuis: Le dernier round, l’album qui marquait les adieux de Vance et de Van Hamme. À vrai dire je ne voyais pas ce qu’un nouveau cycle pouvait apporter à cette série, et je me demandais comment Sente et Jigounov allaient combler l’immense vide, laissé par le départ des deux créateurs. Alors sans vraiment m’en apercevoir j’ai suivi de très loin ce nouveau cycle. Tellement loin que je ne garde pas vraiment de souvenirs des 7 albums qui ont précédé Mémoire rechargée.

Quelle erreur ! Quelle erreur impardonnable ! Je dois m’en confesser, je suis retombé en amour avec cette immense conspiration aux allures d’une poupée gigogne où les complots en cachent d’autres, encore plus ignobles. Dès la première page, j’ai retrouvé l’excitation de mes premiers rendez-vous avec Jason Mac Lane, quand je lisais avec passion chacun de ses albums et que j’attendais avec impatience les nouvelles révélations sur la mère de tous les complots.

Point n’est besoin ici de faire un résumé de ce nouvel opus. Dites-vous qu’il s’inscrit parfaitement dans l’esprit des albums de Van Hamme et de Vance. Et la conclusion toujours aussi surprenante ouvre la voie à un nouveau complot qui risque d’être encore plus dévastateur que son prédécesseur.

Il faut dire que Yves Sente est un scénariste d’expérience et de talent. Un auteur qui a su faire vivre avec succès des héros légendaires comme Blake et Mortimer ou Thorgal sans ne jamais perdre sa signature. Ici aussi Sente se moule parfaitement à la narration de Van Hamme, sans la ou se trahir. Manifestement il a parfaitement digéré le style Van Hamme et l’a métissé avec brio à son propre style.

Idem pour le dessin, même si Jigounov n’a ni la puissance ni l’élégance du trait de Vance, le roi des gueules carrées inspirées des films hollywoodiens d’aventures. Malgré un dessin plus rigide et plus mécanique que celui du dessinateur des Ramiro, Bruno Brazil, Bob Morane et autres Bruce J Hawker, le créateur d’Alpha relève avec succès le défi.

Un album que j’ai dévoré goulument, qui roule à tombeau ouvert, qui m’a rappelé pourquoi j’aimais XIII, et qui m’a fait regretter d’avoir attendu aussi longtemps avant d’entamer le deuxième cycle. Ce que je vais faire de ce pas.

C’est toujours agréable de renouer avec une valeur sure qu’on croyait avoir oubliée.

I Jigounov, Y Sente d’après les personnages créés par Jean Van Hamme et William Vance, XIII tome 27, Mémoire rechargée, Dargaud.

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