Kiss the Sky, la légende de Jimi

 

                                                                  


Par Robert Laplante

Tempus fugit. Et beaucoup plus rapide que nous le pensons. Imaginez, Jimi Hendrix aurait eu 80 ans le 27 novembre dernier. 80 ans. Il l’aurait eu bien sûr, si la mort ne l’avait pas fauché le 18 septembre 1970 à 27 ans. Ah ce fameux club des 27 ans. De quoi marquer à jamais la planète rock, et d’en faire une légende immortelle. Comme si sa musique ne l’avait pas déjà fait.

Mais derrière la légende il y a aussi l’homme. Dès sa naissance, il était condamné à un avenir dramatique, qui l’a marqué au fer rouge. Un destin impitoyable que sa guitare réussira à peine à adoucir. C’est à cet Hendrix que se sont intéressés Jean-Michel Dupont et Mezzo dans un captivant diptyque dessiné publié chez Glénat et préfacé par Nick Kent, figure incontournable du journalisme rock.

                                              


Pour une partie importante de la population, sa carrière commence en 1966, quand la mannequin Linda Keith, compagne de Keith Richards, et Chaz Chandler du groupe the Animals lui proposent de venir en Angleterre, cœur d’une nouvelle révolution rock.

Pourtant, comme pour tous les musiciens, sa carrière a commencé bien avant. Au début des années 60, plus précisément. Comme guitariste de studios et puis guitariste pour plusieurs groupes de Rhythm and blues du Chitlin' Circuit, le circuit des clubs fréquentés par les Afro-Américains.

Une épisode qui lui permet d’écumer les routes et les studios de l’Amérique, d’égrener ses notes et ses solos pour Little Richard, Sam Cooke, Ike et Tina Turner, The Isley Brothers, Curtis Knight et autres Mike Bloomfield. Une période qui lui offre de s’imposer sur scène au grand dam de plusieurs de ces légendes qui ne prisaient guère à se faire voler la vedette par le petit nouveau. Une époque qui lui accorde de discuter avec les BB King, Curtis Mayfield, Albert King, Bob Dylan et diverses grandes pointures de la musique.

                                        




Ça tombe bien, parce que ce sont justement ces années de misère, de frustrations, de galères et d’apprentissage qui sont au centre de la première partie du diptyque. Un premier volet marqué par sa vie difficile, violente, sans espoir, dans un monde qui l’est encore plus et qui ne donne aucune chance à ceux qui ne sont pas nés du côté de la bonne couleur de la clôture. «C’est d’ailleurs un miracle si Hendrix n’a pas viré sociopathe et soit devenu à la place un ardent pourvoyeur du “message d’amour” des sixties et le plus virtuose de la fin du XXe siècle aux côtés de Miles Davis et de John Coltrane» écrit Nick Kent dans sa préface.

                                            


Et on ne peut que lui donner raison à la lumière des textes de Dupont et des dessins de Mezzo d’où s’échappent une tristesse infinie, une colère sourde, un désespoir implacable et une résilience exceptionnelle. Comme si chacune des minutes de sa vie, de sa naissance à son départ vers l’Angleterre, n’était qu’une longue lutte contre un destin cruel et inflexible. Un destin qui ne rêvait que d’une chose, le mettre définitivement à terre. Mais hélas pour le destin, Hendrix, même s’il est né avec deux prises contre lui, refuse de se coucher et continue contre vents et marées à l’affronter et à combattre ses sombres desseins.

Si le scénario est captivant, malgré l’argot français un peu factice, si le trait, d’un réalisme tout en dureté, en désespoir et en urgence de vivre, est efficace, il reste que la bande dessinée a le même problème que beaucoup de bédés biographiques, elle va trop rapidement. J’aurais aimé qu’elle s’attarde un peu plus sur certaines périodes, qu’elle explore plus ses années d’apprentissages, qu’elle dévoile plus l’Hendrix que l’on connaît moins, celui derrière l’icône.

                                                        


Les auteurs en parlent, mais peu. On a même l’impression à la conclusion de la BD qu’il est plus témoin de sa propre histoire, qu’acteur. Et c’est dommage parce que j’aurais aimé avoir un Hendrix moins désincarné, plus vivant, avec ses zones d’ombre et de lumière. J’aurais aimé que le mythe cède la place à l’humain. Idem pour toutes les légendes de la musique qui peuplent l’album et qui semblent plaquées artificiellement. Le temps d’y faire une courte apparition avant de retourner taper le bœuf dans le panthéon des immortels de la musique.

                                          


Grand amateur de comics, Hendrix, souligne Nick Kent dans sa préface, aurait apprécié la bande dessinée de Dupont et Mezzo. Sans doute! Moi aussi je l’ai aimé et je crois que tous les lecteurs passionnés de rock seont heureux. Mais j’aurais aimé que les auteurs me proposent un Jimmy Hendrix que je ne connaissais pas, celui qui est au-delà des dates et des faits.

J M Dupont, Mezzo, Kiss the sky, Jimi Hendrix 1942-1970 partie 1, Glénat.

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