Boris Vian et son double

                                                                    


Vie et mort de Vernon Sullivan

par Dimitri Kantcheloff

Finitude

168 p

Que ce fussent pendant vos années d’études ou tout simplement au hasard de vos lectures, L’écume des jours,

                                             



Un automne à Pékin ou L’arrache cœur furent les incontournables de feu Boris Vian (1920-1959). Outre son travail littéraire, ce joueur de « trompinette »

                                             


 fut un grand amateur de jazz, admirateur fini de Duke Ellington, comme le prouvent ses écrits, dans Jazz Hot.

Mais qui se souvient de : J’irais cracher sur vos tombes 

                                                 


sous le pseudonyme de Vernon Sullivan ? Ce roman policier trempé dans l’acide et dans la mouvance de la Série noire fondée par Marcel Duhamel fut vilipendé, mis à l’index à cause des scènes de violence et de sexe (on ne rigolait pas à l’époque).

Dans : Vie et mort de Vernon Sullivan, l’auteur/guitariste Dimitri Kantcheloff retrace l’histoire de cette supercherie qui agita le tout Paris et qui se vendit à plus de 120 000 exemplaires. Brillant, mais amer de n’avoir pu gagner le prix de La Pléaide, Vian décide sur un coup de tête presque un pari tenu en dix minutes, d’écrire un roman policier et se refaire une santé financière. Au même moment, Jean d’Halluin qui vint de fonder les éditions du Scorpion cherche la perle rare, qui pourra donner une impulsion et réaliser un coup d’éclat.

J’ irais cracher sur vos tombes deviendra donc le livre-phare part qui se vend maintenant en édition originale à pus de 1000 dollars

Vian qui ne connaît les États-Unis que par le jazz, conversations avec les musiciens de passage ou certains textes a choisi son camp : Celui des afro-américains qui luttent contre le racisme, les violences et le Ku Klux Klan.

L’objet du délit

Dans la mouvance de ce qu’écrivit Paul Cain (à tombeau ouvert)

                                  


 et plus encore Don Tracy pour : La bête qui sommeille (Série noire), 

                                         


Boris Vian admit recevoir un manuscrit d’auteur américain. Maîtrisant parfaitement la langue américaine, il exposa donc les thèmes : Lee Anderson est un mulâtre aux cheveux blonds. Son frère fut lynché pour avoir aimé une femme blanche. Dans une autre ville et devenu libraire, Lee Anderson planifie sa vengeance, et assassine froidement deux femmes blanches.

Roman violent avec des scènes, il n’en fallait pas plus pour que le scandale éclate. Si les comptes-rendus de presse sont mitigés, le public trouve une certaine résonance, le tout aidé par une forte campagne publicitaire.

Au fil des jours, Vian refuse de dévoiler qui est Vernon Sullivan, sauf qu’il un auteur, noir américain.

Tel un roman policier, Dimitri Katncheloff offre un pan d’une histoire littéraire occultée, ou comment Vian et son double, durent ferrailler contre les critiques et la justice. Une épopée brillamment menée tout comme instructive. Boris Vian ne put jamais voir le film qu’il régna. Son coeur cessa de battre le jour de ses 39 ans, pendant la projection.

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