Adieu Birkenau voyage au cœur de l’interminable nuit.
Par Par Robert Laplante
Ce qui est bien avec l’enfance c’est la naïveté. En dernier, j’imagine. Tout ce qu’on éprouve devient facilement le mètre étalon et on s’imagine que tous nos semblables vivent la même chose que nous.
Prenez par exemple le jeune Richard Kolinka. Parce que sa mère avait une série de 5 chiffres sur l’avant-bras, il se croyait que toutes les autres mamans du monde en avaient aussi. C’est un peu plus tard, à l’âge de raison, qu’il découvre, dans un livre sur Auschwitz qui traînait chez lui, la triste signification de cette suite de numéros. Ginette Kolinka, était une de ces Françaises de confession juive emprisonnées dans un des impitoyables camps de la mort nazis.
Pour sa maman c’était Birkenau, une des annexes de l’innommable plus grand complexe concentrationnaire du régime nazi Auschwitz. Situé en Silésie et ouvert le 8 octobre 1941, ce camp fut d’abord un lieu de détention pour les prisonniers de guerre soviétiques avant de devenir le cimetière de plus d’un million de personnes majoritairement des juifs et des Tziganes.
Le 13 mars 1944, 4 mois après que les militaires allemands aient envahi la zone libre française, Ginette, 19 ans, est arrêtée à Avignon avec son père et son frère Gilbert après une dénonciation. Pour elle commence dès lors un long calvaire qui la mènera de Marseille à Drancy, et de Drancy à Birkenau, où elle débarque le 13 avril 1944.
Pendant 50 ans, elle ne parlera jamais de ses saisons en enfer jusqu’au moment où elle accepte de se confier à la USC Shoah Foundation que vient de fonder Steven Spielberg. Elle qui pensait avoir tout enterré, redécouvre des souvenirs enfouis. Là où se terre les secrets et les expériences les plus traumatisantes. Depuis, elle est devenue une passeuse de l’histoire et multiplie les interventions dans les écoles pour qu’on n’oublie jamais jusqu’où peut se rendre le fanatisme.
À l’aube de ses 95 ans, elle en a maintenant 98, Ginette Kolinka accompagne une école qui visite Birkenau. Accompagnée du journaliste Victor Manet et du scénariste Jean-David Morvan, auteur des exceptionnelles bédés Les croix de bois et Madeleine résistante, celle qui a été détenue avec Simone Veil et Marceline Loridan-Ivens raconte avec sincérité, humanité et simplicité son quotidien dans cette antichambre de la mort. Un témoignage qui s’écoute comme les notes d’une dramatique berceuse qui s’égrène tranquillement dans une interminable sombre nuit désespérée.
Sans ne jamais insister sur l’innommable, les deux scénaristes abordent les souvenirs de Ginette Kolinka avec une pudeur et un respect qui leur permettent de mieux s’imprégner dans notre mémoire. L’horreur n’a pas besoin d’être décortiquée sous nos yeux. Sous leurs plumes nous devenons, nous aussi, ces gamins qui marchent avec elle sur cette plaine de la mort, où les mots du Kaddish résonnent toujours portés par le souffle du vent.
Ouvrage essentiel, Adieu Birkenau, efficacement illustré par Efa et Cesc, est un rappel, en ces temps troublés où les mirages des extrémismes trouvent de plus en d’oreilles attentives, que le fanatisme dogmatique peut révéler le pire de l’âme humaine. Si sa lecture me semble fondamentale, j’ai l’impression qu’elle l’est encore plus dans notre terre du nord de l’Amérique du Nord. Pays trop tranquille, longuement tenu à l’écart des grands bouleversements mondiaux, où les odeurs de la boucherie de 39-45 et les cris muets de ses victimes paraissent s’éteindre dans l’indifférence générale.
Il faut vous parler de la réédition des aventures de Jim Cutlass de Charlier, Giraud et Rossi que vient de lancer Casterman.
Créée en 1976 par les mythiques Charlier et Giraud, pour un hors-série western de Pilote, Jim Cutlass est un ancien officier nordiste, mais d’origine sudiste, un brin dandy et héritier d’une plantation de coton sudiste après la Guerre de Sécession. Anti-esclavagiste, il se retrouve vite en lutte contre le Ku Klux Klan.
Publié en album en 1979, le personnage resta en hibernation pendant une dizaine d’années, jusqu’au moment où Charlier décide de le réactiver avec l’aide de Christian Rossi. Mais pour notre bellâtre rien ne fonctionne. À peine a-t-il rejoint la chaleur de son sud natal que Charlier part pour une chevauchée éternelle sur les plaines de l’ouest légendaire. Rossi continue donc seul l’album et Giraud viendra le rallier pour les albums suivants.
J’aimais bien Jim Cutlass. Je suis un admirateur dévoué de Blueberry et Cutlass qui empruntait énormément à mon héros tout comme à Sergio Leone. Je ne l’avais pas relu depuis fort longtemps. Et j’ai eu le même plaisir à le côtoyer, à me laisser séduire par ses fanfaronnades, son cynisme, son attirance pour la poisse ainsi que ses impertinences de tête brûlée.
Il y a des petits bonheurs dont je ne peux pas me passer et définitivement Jim Cutlass en fait partie, même si je l’avais un peu négligé ces dernières années.
La couverture n’est pas très attrayante et il manque un dossier de contextualisation, mais bon, ce ne sont que des détails. L’important c’est de retrouver Jim Cutlass et son vieux sud. Et ça, ça n’a pas de prix.
Ginette Kolinka, JD Morvan, Victor Matet, EFA, CESC, Adieu Birkenau, Ginette Kolpinka, survivante d’Auschwitz raconte, Albin Michel.
Charlier, Giraud, Rossi, Jim Cutlass, l’intégrale, Casterman.







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