Les 12 jours de Noël : Comptine «bédésque. »
Par Robert Laplante
Le douzième jour de Noël mon grand amour m’a envoyé : Douze tambours qui tambourinent/Onze joueurs de flûte qui jouent / Dix messieurs qui sautent / Neuf dames qui dansent / Huit filles de la ferme qui traient/Six oies qui pondent/Cinq anneaux d’or/Quatre oiseaux qui appellent/Trois poules françaises/Deux tourterelles/et une bédé sous le sapin.
Mais quelle bande dessinée sera au pied du sapin ? C’est une véritable énigme. Voici 15 options tellement délicieuses qu’on pourrait être tenté de réécrire la comptine.
15 : Philippe Foerster, Nécronomickey, Fluide Glacial : Personne n’aurait cru qu’il y avait de l’humour dans l’univers anxiogène de Lovecraft. Personne, sauf Philippe Foerster, qui, lui, l’avait vu depuis longtemps. Balançant entre l’absurde des Monty Python et la folie macabre et réjouissante des Tales From The Crypt, le dessinateur propose le Nécronomickey, un hommage parodique à l’écrivain rhodésien. C’est hilarant, c’est inventif et c’est subtilement irrespectueux. L’humour noir à son apogée !
14 : Guy Delisle, Pour une fraction de seconde. La vie mouvementée d’Eadweard Muybridge, Delcourt : La vie passionnante et surprenante d’Eadweard Muybridge, pionnier de la photographie et, par la bande, du cinéma. J’adore les récits sur les premiers temps héroïques du cinéma et de la photographie. Delisle raconte avec enthousiasme et entrain l’histoire de cet individu hors du commun, qui était à la hauteur d’une époque tout aussi remarquable.
13 : Kiera, Headline, Parker : La proie. Aire noire Dupuis : Quand Parker, le mythique braqueur se la fait faire à l’envers, il devient colérique. Et quand il est colérique, on connaît tous ses capacités destructrices. L’adaptation de ce roman : Un petit coup de vinaigre, de Donald Westlake, nous plonge dans un polar sombre, excessif, impitoyable et drôle.
12 : Xavier, Matz, L’Or du Spectre, Le Lombard : Une course effrénée pour de l’argent dans les étendues désertiques américaines. Un polar dessiné captivant, à la manière de Tarantino et d’Oliver Stone dans U Turn. Il fait chaud, la sueur mêlée à la poussière et au bitume qui craque sous un soleil impitoyable emplit l’air. Un ancien détenu, expert en mauvais choix, est au cœur de l’action. Tout dérape rapidement pour notre plus grand plaisir.
11 : Homs Le Diable et Coral Dargaud : Un véritable petit bijou. Un jour, pendant l’ère nazie, le diable décida d’attaquer la fille d’un célèbre exorciste juif de Tchécoslovaquie. Cependant, il arrive parfois que le grand cornu se heurte à quelqu’un de plus malin que lui. Une bande dessinée intelligente, subtile et drôle, avec en prime une apparition inattendue du golem. Une lecture réjouissante.
10 : Frank Margerin, entretiens avec Samuel Guillerand, Ma vie avec (et sans !) Lucien, cinquante truculentes années de BD et de presse, Médiapop Éditions : Une entrevue-fleuve avec un des dessinateurs emblématiques des années Métal Hurlant. C’est drôle, généreux, plein d’anecdotes truculentes, d’enthousiasme et de bonhomie, à l’image de Lucien et de sa fameuse bande. Un gros coup de cœur. Let’s rock !
9 : Ersin Karabulut, Journal inquiet d’Istanbul tome 2, Dargaud : Second opus des débuts professionnels du bédéiste dans une Turquie sous le point de basculer dans l’autoritarisme de Recep Tayyip Erdoğan. Le premier tome était déjà une réussite, mais ce second opus l’est encore plus.
8 : Xavier Coste, Antoine de Caunes, Île déserte, Dargaud. L’odyssée du légendaire journaliste Georges de Caunes, qui, un jour, décida de revivre l’aventure de Robinson Crusoé. Seul le style artistique cinématographique de Xavier Coste, caractérisé par des émotions profondes, des nuances subtiles et une lenteur captivante, était capable de transposer cette histoire sur papier. Ce bédéiste talentueux, que j’admire depuis longtemps, a trouvé dans ce récit le cadre idéal pour exploiter pleinement son art narratif et visuel.
7. Jean-Dominic Leduc, Pierre Fournier, « Le Capitaine Québec », La Pastèque. Magnifique biographie d’un des plus importants acteurs de notre bande dessinée, hélas parti trop tôt. Jean-Dominic Leduc lui rend la parole et nous permet ainsi de mesurer toute son importance historique et artistique.
6 : Valérie Villieu, Simon Géliot, préface d’Annette Wieviorka, La Muette, Drancy : un camp aux portes de Paris. La Boîte à bulles : une bande dessinée troublante qui raconte le quotidien des détenus du camp de Drancy, un lieu incontournable sur le chemin des camps de la mort. Cette lecture nous marque profondément.
5 : Annie Desrochers, Christian Quesnel, Transmission : Les héritages de la Baie-James, Écosociété : Une bande dessinée documentaire sur la construction des centrales hydroélectriques de la Baie-James. Annie Desrochers, dans la quête des souvenirs évanescents de son grand-père, l’un des artisans du vaste complexe hydroélectrique de cette région, témoigne d’une manière essentielle et humaine de cette épopée hors norme et de ses conséquences. Christian Quesnel a magnifiquement illustré cet ouvrage, chaque dessin étant une symphonie célébrant les paysages grandioses du Nord québécois. Transmission : Les héritages de la Baie-James redonnent une âme à un territoire et à ses habitants, qu’on a fini par négliger dans le confort de nos villes.
4 : Laurent Hopman, Renaud Roche, Les guerres de Lucas épisode II, Deman éditions. Enfin, ce livre est enfin arrivé en magasin. Fabuleuse bande dessinée sur les coulisses du tournage de « L’Empire contre-attaque », cinquième volet de la saga Vedette Wars, ce nouveau numéro des Guerres de Lucas est un régal de près de 200 pages. Le premier tome était déjà remarquable, mais celui-ci l’est encore plus. Je vous en parlerai plus longuement dans une future chronique, mais je tenais à la mentionner dans mon top de l’année. Courez vite l’acheter !
3 : Dorison, Montaigne, 1629, ou l’effrayante histoire des naufragés du Jakarta, tome 2 : L’île rouge, Glénat. Cette bande dessinée raconte avec brio l’une des plus célèbres mutineries du XVIIe siècle. Cette œuvre majeure est soigneusement dessinée et scénarisée par un artiste de talent. J’en ai encore des frissons de bonheur juste à y penser. Tiens, je retourne la lire, de suite.
2. Eid et Paiement. Ma bande dessinée québécoise préférée de l’année. Pour une deuxième fois consécutive, Eid et Paiement nous émerveillent par la qualité de leur narration graphique et scénaristique, par l’intelligence et la subtilité de leurs propos et par les questions qu’ils soulèvent. Cette expérience m’a profondément bouleversé.
1. Romain. Renard, Revoir Comanche, Le Lombard : la bande dessinée de l’année et le dernier tour de piste d’une des séries mythiques de mon adolescence. Romain Renard donne à la création de Greg et Hermann, la dernière chevauchée qu’elle méritait. Cet ultime Comanche est une véritable leçon de maître, un western crépusculaire aux accents mélancoliques et atmosphériques, à la Daniel Lanois, avec des touches de post-rock comme celles d’Explosion in the Sky. Il devrait inspirer tous les artistes qui souhaitent s’attaquer aux grands personnages du neuvième art.
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