Blacksad Stories, Weekly : le retour du fouineur.
Par Robert Laplante
Blacksad Stories, Weekly
Tempus Fugit écrivait Virgile. Le Cygne de Mantoue avait raison, le temps passe très vite. Prenons l’exemple de Black Sad, le détective privé créé par Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido. Sans fanfare ni trompette, cette série mettant en scène des animaux a célébré l’automne dernier son vingt-cinquième anniversaire. Depuis son premier album, ce chat, baraqué comme une armoire à glace, a su mener avec succès ses investigations policières dans l’un des théâtres les plus sordides et les plus mémorables de la bande dessinée.
Pour marquer, avec panache, ce jubilé, Díaz Canales s’est lancé, avec l’aide de Giovanni Rigano, dans l’exploration des origines de l’univers de son félin. Pour cette première incursion, le scénariste s’est intéressé au sort de Dustin Kalisnowszczyzna, personnage secondaire iconique de la série, connu sous le pseudonyme de Weekly.
Dustin est une jeune fouine qui rêve de gagner sa vie grâce à ses photos. En attendant ce moment, il exerce la profession d’homme à tout faire pour un vétéran de la Seconde Guerre mondiale converti en entrepreneur en pompes funèbres. Ce dernier, marié à une influente femme d’Église, bigote, moraliste et partisane de la censure, semble tremper dans des trafics plus que douteux. Et si le croque-mort magouilleur était le sésame pour permettre à Dustin de devenir journaliste. Après tout, la presse a toujours besoin d’un bon reporter-photographe qui sait fouiner un peu partout et débusquer des lièvres.
Ce premier tome de la série Blacksad Stories, qui s’inspire des films et des romans noirs de la grande époque, est un véritable délice pour les amateurs de polar dessiné. Juan Díaz Canales échafaude un scénario solide, truffé de rebondissements et de personnages inquiétants aux gueules patibulaires, sur fond de croisade contre la bande dessinée, accusée d’affaiblir les valeurs morales de la jeunesse. Tiens, tiens, ça nous rappelle les études contestables du psychiatre américain Fredric Wertham et la naissance du Comic Code Authority.
Rigano, quant à lui, s’en tire très bien. Sans avoir la souplesse et la maturité graphique de son illustre prédécesseur, le Canturino semble à l’aise dans l’iconographie « blacksadienne ». Il est indéniable que si la série continue, il saura y métisser sa propre patte.
Bande dessinée réjouissante, Weekly laisse présager de belles promesses pour la suite.
Champignac, les années noires.
Si Weekly marque la naissance du « Blacksadverse », clin d’œil au « Spiderverse » de Marvel, ce n’est pas le cas de Spirou, qui lui décline, depuis plusieurs années, son petit monde en différentes moutures. Parmi les réussites du « Spirouverse », il y a celle consacrée à Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas Comte de Champignac, dont le quatrième tome, Les années noires, est disponible, depuis quelques semaines, dans nos librairies.
1943. Champignac est incapable de se remettre du décès de Blair, son grand amour. Il la voit partout comme si elle ne l’avait jamais quitté. Il va tellement mal qu’il accepte de travailler sur le projet Manhattan. Parce que oui, le Comte fut aussi un des proches collaborateurs de J. Robert Oppenheimer, le destructeur des mondes.
Cette révélation ébranle toutes vos certitudes sur le personnage, n’est-ce pas ? Oubliez tout ce que vous pensiez connaître sur lui. Exit le savant rêveur, idéaliste, pacifique et poète, Gommez Jijé, Franquin et les bédéistes qui lui ont fait vivre des aventures. Le Pacôme de BeKa et Etien n’a aucun lien, sinon ténu, avec son homonyme présent dans les différentes visions de Spirou.
Et, c’est là le grand génie de BeKa et d’Etien. Le trio, puisque BeKa est un duo de scénaristes, se l’est totalement approprié et l’a transformé en un personnage beaucoup plus complexe que ses autres incarnations.
Le résultat est une série poignante, pleine de coups de théâtre, d’authenticité, de subtilité, d’élégance et d’efficacité narrative. Ce nouvel opus ne fait pas exception et l’on se laisse rapidement gagné par le rythme haletant, émotif, et un brin pessimiste de ce thriller historique à la conclusion surprenante.
Avec « La Bête », de Zidrou et du regretté Frank Pé, Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas Comte de Champignac est sans doute ce que le « Spirouverse » a fait de mieux. Et ce 4e tome vient le confirmer.
Juan Diaz Canales, Giovanni Rigano, Blacksad Stories, Weekly, Dargaud.
Etien, Beka, Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas Comte de Champignac, les années noires, Dupuis.
Commentaires
Publier un commentaire