Les Ogres de Barback se laissent goûter… et dessiner.
Par Robert Laplante
Les Ogres de Barback sont un de mes groupes français préférés. Depuis 32 ans, il s’impose comme un des représentants les plus inspirants de la scène « underground » française. L’ensemble propose une œuvre originale, libre, riche, décapante et sans compromis, teintée de sonorités tziganes, de rock alternatif des années 90 et des chansons réalistes françaises, un brin anarchistes (Brassens, Perret, le Renaud du « P’tit bal du samedi soir et autres chansons réalistes », etc.).
Formé des cinq membres de la famille Burguière, descendants de survivants du génocide arménien, le groupe s’intéresse depuis toujours à la bande dessinée. Fredo, le plus jeune frère, avait, lui-même, publié en 2023, en collaboration avec Aurel, l’excellente BD, Les 3 vies d’Arminé, où il partait à la recherche de ses racines arméniennes. Un « P’tit Mickey » que j’avais beaucoup aimé.
Toutefois, il n’est pas question de quête identitaire dans « Les Ogres de Barback se laissent croquer. » Oh que non ! Mais plutôt de leurs petites symphonies, portraits d’une France populaire, gouailleuse, truculente et sympathique et quelques fois dramatiques, que 12 bédéistes illustrent avec plaisir et enthousiasme.
Ces derniers traduisent en images leurs compositions qui s’animent et dansent sur le papier, au son des mélodies et des textes authentiques, à l’occasion cruelle, rythmés, chaleureux et colorés des Ogres.
Une belle façon de découvrir, ou de redécouvrir, cet OVNI musical, qui ne joue pas assez souvent sur nos ondes radiophoniques et qui n’est pas venu nous visiter depuis un bail.
Laurence à son insu
Il n’y a pas que les Ogres de Barback qui m’a fait vibrer ces dernières journées, il y a aussi Laurence à son insu, la nouveauté de Simon Labelle, un auteur BD d’ici qui me séduit toujours par sa maturité narrative.
C’est connu, les rêves en savent plus sur nous que nous-mêmes. La difficulté, c’est qu’ils sont bien souvent, du moins les miens, incompréhensibles. À force de vouloir les analyser, on finit par s’y perdre. C’est ce qui arrive à Laurence, la protagoniste de la bande dessinée.
Laurence est une spécialiste en cyber réputation, respectée et aimée de ses pairs, de sa famille et de ses amis. Elle a une vie parfaite, quoi ! En apparence du moins… Pendant qu’elle tente de résoudre un insoluble scandale qui touche un de ses clients, ses trop courtes nuits de sommeil se peuplent de rêves inquiétants et de plus en plus incompréhensibles. Des songes qui l’affectent tellement, qu’elle en vient à douter de ses certitudes. En quête de réponses, Laurence s’enfonce dans un univers onirique, quelques fois cauchemardesque, énigmatique, enveloppée de mystère, au cœur d’un paradoxe pour paraphraser Churchill.
Fascinante bande dessinée aux illustrations élégantes et séduisantes, Laurence à son insu est une œuvre ensorcelante, où la frontière entre la réalité et le rêve s’évapore sans qu’on s’en aperçoive. Comme si les deux dansaient ensemble sur les notes d’une valse vaporeuse, s’enlaçaient et se fusionnaient pour ne former qu’un tout imprécis.
Conteur de grand talent, Simon Labelle propose un drame intimiste hypnotique, nourri de silences et de non-dits évocateurs, aux allures d’un miroir aux alouettes.
Une bande dessinée qui vaut le détour.
Les Ogres de Barback et un collectif de 12 dessinateurs, Les Ogres de Barback se laissent croquer, Irfan (le label)
Simon Labelle, Laurence à son insu, Mécanique Générale.
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