Salauds de baby-boomers : on n’achève pas les rockers.

 



Par Robert Laplante

Fausse balle.

Enfin, la saison de baseball est commencée. Youppie ! Dès que j’entends le mot baseball, les souvenirs de l’odeur des hot-dogs et du gazon fraîchement coupé, du bruit du bâton qui frappe la balle, des cris de la foule et de la chaleur du soleil qui baigne les estrades qui entourent le terrain, me reviennent en mémoire. Il y a quelque chose de réconfortant dans l’activité favorite des Américains, peut-être en raison de ces petites touches de nostalgie d’une époque où le temps semblait s’écouler plus lentement.

Pascal Girard aime aussi le baseball. Enfin, je le crois. Assez du moins pour avoir accepté d’être l’entraîneur de l’équipe de sa fille. C’est peut-être une expérience qui n’a pas été de tout repos pour lui, mais elle lui a permis de tirer d’hilarantes anecdotes qui sont au cœur de son amusante nouvelle bande dessinée, « Fausse balle ».

Le Jonquiérois propose une désopilante série de « strips » qui explore la vie quotidienne d’un père de famille quadragénaire qui peine à suivre le rythme effréné de son existence. Roi de l’observation, Girard se met en scène sous toutes ses coutures, et pas toujours les plus glorieuses, avec un sens de l’autodérision qui le rend encore plus authentique, sympathique et attachant.


                            


Avec son trait d’une simplicité efficace et sa répartie redoutable, le créateur de « Portraits du Mile End », en collaboration avec Michel Hellman, raconte avec enthousiasme cette agréable chronique dans laquelle je me suis reconnu.

Ça, c’est aussi précieux qu’un grand chelem de Vladimir Guerrero Jr., un dimanche après-midi de printemps, d’été et pourquoi pas d’automne… Tant qu’à rêver.

                                           

Rock’n’roll


« I know it's only rock 'n' roll, but I like it, like it, yes, I do » chantait Sir Mick Jagger et ses « Cailloux roulants ». Une lettre d’amour des Glimmer Twins à une musique au cœur des bouleversements sociétaux de l’Occident de la seconde moitié du siècle dernier.

Non seulement ces mots résonnent encore dans le cœur des aficionados du rock, mais ils font toujours autant vibrer l’âme de Baru, un de mes bédéistes préférés. Celui qui, dans les années 1980, a su insuffler, avec Margerin, Jano, Berberian, Sire, Denis et Vuillemin, l’esprit insoumis et décapant du rock’n’roll dans les pages d’un 9e art en pleine émancipation, vient justement de publier « Rock’n’Roll, tome 1, Salauds de baby-boomers », un témoignage de gratitude envers cette musique qui l’a profondément influencé.

                                  


Parce que oui, Baru aime le rock. On retrouve son parfum dans ses histoires, dans sa façon de les raconter et de les illustrer. Lire une de ses bandes dessinées, c’est s’immerger dans une symphonie rock’n’roll dessinée, où ses mélodies, ses rythmes et son essence s’échappent des cases, des coups de crayon, des pittoresques dialogues « rockandrollesques » franchouillards.

Dans ce premier opus de « Rock’n’Roll », le créateur de l’excellent « Quéquette Blues » propose sept séduisantes petites tranches de vie, dont cinq qui lui ont été soufflées par des amis, qui évoquent l’impact que cette musique a eu chez les adolescents et les jeunes adultes des classes ouvrières françaises. Une mention toute spéciale à « (I can’t get no) Satisfaction ». Inspirée d’un souvenir de Beaudoin, Baru raconte avec couleur le jour où la chanson emblématique des Rolling Stones a servi de protection à une basse-cour dans un Beyrouth déchiré par la guerre civile. Une anecdote tellement improbable, qu’elle ne peut qu’être vraie. Impossible d’imaginer une histoire semblable.

                            
                                       


Le résultat est un collage évocateur de passionnants petits instants du quotidien qui nous fait voyager à travers la France des cinquante dernières années. Hommage à une musique de rébellion, la nouvelle bédé du Grand prix de la ville d’Angoulême de 2010 est aussi efficace qu’un rugueux riff de Peal Jam, aussi élégante qu’une envolée guitaristique de Jimmy Page ou de Brian Setzer.

Avec son trait débridé et fougueux, aux sonorités des boogies endiablés de Stevie Ray Vaughan, et sa narration explosive, comme la basse de Peter Hook de New Order, Baru traduit sur papier l’énergie brutale et sauvage qui habite cette musique depuis sa naissance.

« Chu un rocker, chu un rouleur. Que'ques fois, j’oublie qui je suis. Mais je r’viens toujours au rock’n’roll » chantait Gerry Boulet. Baru, sans doute également.

Pascal Girard, Fausse balle, Pow Pow.

Baru, Rock’n’Roll, tome 1, Salauds de baby-boomers, Futuropolis.

Commentaires

Messages les plus consultés de ce blogue

Les 12 jours de Noël : Comptine «bédésque. »

Transmission : En quête du nord.

La dernière balle du pistolero