Churchill : le sens de la répartie et de l’histoire avec un grand H
Churchill
Par Andrew Roberts
Perrin
1311 p
« Nous nous battrons sur les mers, sur les terres, dans les rues. Nous ne nous rendrons jamais. » Ce fut plus qu’un simple discours : un cri de ralliement qui galvanisa son peuple lorsque la bataille d’Angleterre commença. Et, contrairement à la petite histoire, Churchill n’improvisait jamais ». En véritable stratège, il répétait ses phrases et affinait ses mots, même les plus incisifs. Le 24 janvier de cette année-là, le « le bulldog » britannique aurait eu 101 ans. Parfois, on regrette que ce type d’homme, avec une vision du monde profonde et une grande compréhension de la stratégie, n’existe plus. Après avoir lu les propos farfelus de l’agité du bocal qui sévit de l’autre côté de notre frontière ainsi que ceux de certains dirigeants autoritaires, parfois dangereux, je suis heureux d’avoir consacré autant de temps à cette lecture.
À notre connaissance, c’est la première fois que cette somme est transposée en français. Elle est apparue en 2018. Andrew Roberts est un spécialiste de la biographie historique. Il enseigne au King’s College de Londres et à la Hoover Institution de Stanford. Avant son Churchill, il a rédigé une imposante histoire sur Napoléon. Nous soulignons également le travail du traducteur et professeur Antoine Capet, décédé trop tôt en 2022.
Il aurait été facile de sombrer dans l’hagiographie, mais Andrew Roberts a su tracer des lignes nettes entre le caractère ambivalent du personnage, ses erreurs politiques et ses succès manifestes. Il a écrit une histoire à la manière de Fernand Braudel, qui maîtrisait mettre son sujet en évidence en le plaçant au cœur des décennies où le Royaume-Uni dominait une grande partie du monde. Si Churchill croyait à l’Empire, il savait « moucher » durement les bonnes consciences aristocratiques en constatant à quel point les peuples étaient opprimés, souvent avec vulgarité et mépris.
De son père qui le stigmatisait à une mère absente, le futur homme va se « blinder » et se construire une carapace qui se traduira par une abnégation féroce (il changera trois fois d’allégeance politique), sans oublier la reconnaissance. Travailleur infatigable, très au fait de la modernité, il donnera du sang neuf à la Home Fleet et se passionnera pour l’aviation. Il consultera d’ailleurs Sir Basil Liddel Hart bien avant que la Seconde Guerre n’éclate. L’homme est passé du jeune aventurier et soldat journaliste en Afrique du Sud pendant le conflit des Boers, admirant la détermination et le courage des combattants, à l’homme politique qui subira un échec cuisant (l’erreur de Gallipoli). Finalement, il deviendra le sauveur de 1940. Il est extrêmement difficile de résumer 1 300 pages, tant l’histoire, la chose publique que les sources inédites s’entrechoquent. Pour synthétiser, nous dirons qu’il eut une intuition historique (un « rideau de fer » est tombé en 1947) et qu’il fut, sans être parfait, celui dont l’Angleterre avait besoin à son époque. C’est un cadeau exceptionnel pour moins de 50 dollars.
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