Arkham Mysteries : Au cœur des ténèbres lovecraftienne.

                                                  


Par Robert Laplante

Le printemps est enfin arrivé, la désolation de l’automne et les affres de l’hiver sont derrière nous. On peut maintenant profiter de la chaleur réconfortante et bienveillante d’un astre solaire plus que présent. Et croyez-moi, Hélios n’est pas de trop quand on doit affronter des créatures démoniaques, comme celles imaginées par Richard D Nolane et Manuel Garcia dans Arkham Mysteries ou Alexis Mandeville et Pascal Colpron dans le deuxième tome de Visions.

Arkham Mysteries.

Hiver 1921, Richard Armitage, jeune et brillant professeur d’Harvard, débarque à Arkham pour enseigner à l’Université de Miskatonic. Si l’ancienne vedette montante de la vénérable institution massachusettaise exerce dans cette ténébreuse institution, c’est parce qu’il est disgrâce. Son obsession à marcher dans les pas de son ami Calvin Tanner et à chercher, lui aussi, des preuves de la présence d’antiques civilisations non humaines antérieures aux australopithèques a vite fait de le mettre au banc de la communauté scientifique.

Caché au fin fond du Massachusetts, Armitage pensait en avoir fini avec cette quête malsaine. Dans cette petite bourgade isolée, où le temps semble immobile, il espérait rafistoler une carrière partie en vrille. Hélas, on ne peut enquêter sur ces civilisations extraterrestres sans attirer l’attention.

                                    


Avec l’aide de Skylark Duquesne, la propriétaire de l’Arkham Sentinel, et de son collaborateur H. P. Lovecraft, l’universitaire devra, à son tour, risquer son existence pour découvrir les traces de ces effrayants dieux oubliés.

Bande dessinée captivante, L’ombre de Dagon, deuxième chapitre d’Arkham Mysteries, est aussi intéressante que son prédécesseur, Le ciel des Grands Anciens. On y trouve le dynamisme, l’efficacité narrative et l’atmosphère angoissante qui m’avaient tant plu dans le premier tome.

                                  


Sans repousser les limites « lovecraftiennes » comme l’avaient fait, par exemple, Christian Quesnel et Ariane Gélinas dans l’excellente Cité oblique, L’ombre de Dagon reste un thriller de bonne qualité qui s’intègre intelligemment à l’univers échafaudé par l’écrivain américain. On y retrouve les parfums des meilleures nouvelles du magazine Weird Tales dont Lovecraft fut un des plus influents collaborateurs.

Appuyé par le dessin réaliste et classique de Manuel Garcia, Richard D Nolane guide Armitage et ses amis sur un sentier tortueux, à la recherche d’une révélation sombre et menaçante.

Le scénariste réussit là où Arnaud Delalande avait échoué. On se rappelle que ce dernier s’était frotté avec plus ou moins de succès au petit monde du mythique auteur avec : Le piège Lovecraft, le livre qui rend fou, publié chez Grasset.

                                       


À la différence du romancier, Nolane propose ici un univers logique et cohérent et des personnages qui ne sont pas des figurants désincarnés dans un décor « lovecraftien » artificiel et de pacotille. Si l’influence du maître transpire de chaque case, on ne sent pas que le scénariste aguerri l’imite. Il reste le même auteur que j’ai apprécié dans Millénaire et les reprises d’Harry Dickson.

Le résultat est une bédé classique et efficace qui m’a fait passer un bon moment et qui m’a donné envie de lire la suite.

Visions tome 2

Si les brumes anxiogènes d’Arkham laissent transpirer les pires cauchemars, que dire des terreurs que la froide et techno-utopique Urbitopial, mégalopole futuriste du deuxième tome de Visions, fait naître dans l’esprit de ses citoyens ?

Irrésistible bande dessinée de S.-F. signée Alexis Mandeville, Visions est à la fois un hommage et une sympathique parodie des comics américains (d’horreur et d’anticipation) des années 50. Bien sûr, on pense aux The Haut of Fear, Weird Science et Tales from the Crypt. Mais aussi à ces comics bon marché qui ont marqué la décennie de « fifties », et qu’on retrouve dans l’excellente anthologie Four Color Fear, publiée chez Diabolo Éditions.

Pour ce nouveau volet, Alexis Mandeville s’est associé à Pascal Colpron (Un cadavre en cavale) qui se fond à merveille dans cet impitoyable univers rétrofuturiste classique qui n’est pas sans rappeler celui du Bob Leclerc de l’incontournable Grégoire Bouchard.

Réjouissante bande dessinée, le deuxième tome de Visions nous entraîne dans les dédales d’un monde cauchemardesque que Mandeville construit, depuis son adolescence, pierre par pierre. À la façon d’un archéologue/anthropologue, il nous guide à travers les coulisses d’une sombre société à mi-chemin entre 1984 et Metropolis.

Navigant avec brio entre le respect et la parodie, le duo écrit une lettre d’amour envers un genre qui n’existe plus, sans ne jamais céder à la tentation facile de le ridiculiser.

Le tandem élabore une BD irrésistible qui, sous couvert d’un clin d’œil humoristique à une époque révolue, soulève des questions sur notre impuissance, du moins la mienne, à arrêter la course enthousiaste de nos communautés vers la destruction.

Une lecture réjouissante.

Richard D Nolane, Manuel Garcia, Arkham Mysteries, tome 2 L’ombre de Dagon, Soleil.

Alexis Mandeville, Pascal Colpron, Visions tome 2, Front Froid.

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