Horace, cheval de l’Ouest : Parce qu’il n’y a pas que Lucky Luke dans l’Ouest. Enfin quand même un peu.
Par Robert Laplante
Ah le vieil Ouest. On a beau en tracer un portrait de plus en plus précis, on revient toujours à son image mythique. Comme si le véritable Far West historique n’était pas autant séduisant que son image fantasmée. Mais on le comprend, parce que cet Ouest légendaire constitue un décor exceptionnel pour mettre en scène des drames presque homériques qui titillent notre imagination. Ce sont des tragédies, certes, mais aussi des comédies mémorables !
Le Poor Lonesome Cowboy est de retour sur le petit écran.
Le 23 mars dernier, Disney + accueillait Lucky Luke. Oui, oui, le Lucky Luke. Le plus célèbre cowboy francophone de l’ouest « bédéesque » allait galoper sur la plateforme de Mickey avec une série de huit épisodes en prise de vue réels. Tout un exploit ! Pour rendre compte de cet important moment, la production de la série a confié au bédéiste Guillaume Bouzard, la tâche de raconter, à sa façon, les coulisses de ce tournage événement.
Mais, Bouzard étant ce qu’il est (c’est-à-dire totalement imprévisible), on ne pouvait sûrement pas s’attendre à un « making off » classique et un peu pépère, comme on en trouve des tonnes. Oh que non ! Sous sa plume, il devient aussitôt une farce incontrôlable.
Véritable électron libre dans une fourmilière hiérarchisée et hyper structurée, Bouzard sème sans le savoir le chaos partout. Grand amateur de Lucky Luke (c’est lui qui avait fait l’hilarant « Jolly Jumper ne répond plus »), Bouzard avec « L’homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre (presque journal d’un tournage), s’amuse à déconstruire tout ce qu’on nous raconte depuis toujours sur les coulisses du cinéma et de la télé.
Le bédéiste, connu pour ses collaborations avec Fluide Glacial, Psykopat et Le Canard enchaîné, illustre avec son sens de l’humour décalé la production d’une série où tout est déformé par son imagination débridée.
Voguant de bon cœur entre réalité et fantasme, il métamorphose un récit qui aurait pu être conventionnel en quelque chose de totalement délirant et d’indescriptible. Exactement, comme le font ces réalisateurs qui transforment ces décors bas de gamme en somptueux « saloons » de rêve pour la plantureuse Lulu Carabine.
Lettre d’amour envers le « Poor Lonesome Cowboy », le cinéma et la télévision, Bouzard réussit à nous faire croire en l’enchantement d’un tournage.
Parce que la magie, il connaît ça Bouzard. Et ici, il devient le temps de 78 pages, et pour mon plaisir, le plus grand des prestidigitateurs.
Horace, cheval de l’ouest.
Si Bouzard sème le désordre dans l’univers de l’Ouest illustré, que dire de Jean-Claude Poirier, qui, de 1970 à 1978, a offert aux lecteurs de Pif Gadget un Far West satyrique, délicieusement parodique, frisant presque le « slapstick », à l’instar du « Blazing Saddles » de Mel Brooks ?
Un western où les chevaux philosophaient et devisaient, où les cowboys étaient ridicules, où les malfrats se transformaient en bandits d’opérette et où les Premières Nations étaient légèrement dépassées par le théâtre absurde qu’il mettait en scène à chaque numéro.
Les éditions Revival avaient publié, il y a quelques années déjà, le premier tome de l’intégrale de cette bande dessinée qui a marqué ma jeunesse. Le second volume est enfin arrivé. Ce nouvel opus est un inestimable coffre au trésor débordant d’innombrables gags débridés et d’éclats de rire.
Il faut dire qu’Horace, sous ses airs faussement inoffensifs de bande dessinée pour enfants, me faisait vivre un voyage foldingue dans un univers où tout était différent de ce que je connaissais.
Grâce à son style satirique, dynamique et attachant, à ses personnages hauts en couleur, à ses décors majestueux, à ses teintes vives et ensoleillées, et à ses récits délirants, Poirier continue de me faire rire autant qu’à l’époque où je dévorais ses histoires.
Maintenant, si l’on pouvait faire une intégrale francophone de « Zorry Kid » de Benito Jacovitti, je serais comblé.
Un jour peut-être…
Bouzard, Lhomme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre (presque journal d’un tournage) Dargaud.
Poirier, Horace, cheval de l’Ouest 2 tomes, Revival.
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