La déesse d’ambre; Heureux qui, comme Thorgal, a fait un beau voyage.

                     


Par Robert Laplante.

« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage. Ou comme cestuy-là qui conquit la toison. Et puis est retourné, plein d’usage et raison, vivre entre ses parents le reste de son âge ! Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village, fumer la cheminée, et en quelle saison, reverrai-je le clos de ma pauvre maison, qui m’est une province, et beaucoup davantage ? », écrivait, quelque part entre 1553 et 1557, le poète Joachim du Bellay.

Envoyé à Rome, où il s’occupe de l’intendance de son oncle, un cardinal rattaché à la cour pontificale, du Bellay regrette sa France natale. Peu à peu, il sombre dans la nostalgie du mal du pays. Comme Lucius Murena qui, lui, ne rêve que de revenir à Rome ou Thorgal, qui aimerait tant trouver un endroit où il pourrait enfin vivre en paix.

Malheureusement, l’aventure est une maîtresse exigeante, surtout lorsqu’elle prend l’apparence d’une femme en danger : quand elle fait entendre son appel, Lucius Murena et Thorgal ne peuvent pas lui  résister.



                                          

Murena : Les Néronia

Lucius Murena est un patricien. Il est aussi l’ami de Néron, fils adoptif du quatrième empereur de Rome, Claude. À la suite de l’assassinat de ce dernier, Nero Claudius Caesar Augustus Germanicus devient Imperator. Pour le meilleur… et surtout pour le pire.

Commence alors, pour Lucius et pour le nouveau César, dont les destins sont liés, une impitoyable descente infernale aux parfums de la cruauté, de la vengeance et de la manipulation. Une implacable chute racontée avec intelligence dans Murena, une série bd ambitieuse, dont le 13e opus, Les Neronia, est maintenant dans nos librairies.

65 après Jésus-Christ. Rome est encore sous le choc du catastrophique incendie qui a ravagé une partie de la ville en juillet de l’année précédente. Loin de s’apaiser, malgré les persécutions chrétiennes, la colère populaire continue de gronder. Elle trouve, même, des échos chez les ennemis politiques de l’empereur. Néron n’a plus le choix, il doit consolider son pouvoir et faire taire ceux qui attendent dans l’ombre un faux pas pour le destituer.

Pour arriver à ses fins, il organise les Neronia, de grands jeux culturels et sportifs destinés à le glorifier. Mais, comment célébrer son règne quand celui qui a tenté de le tuer, son ami, Lucius Murena, est toujours en fuite ?

                                        


Après Delaby et Theo, c’est maintenant au tour de Jérémy (La complainte des Landes Perdues, Barracuda, Vesper) d’illustrer la saga romaine imaginée par Dufaux. Formé par le regretté Delaby, le Tournaisien se fond à merveille dans l’univers graphique majestueusement mis en place par son ancien professeur. Tout comme Theo l’avait fait auparavant, il avance d’un pas ferme dans les pas de l’imposant Delaby, sans qu’on remarque de variation. Comme si ce dernier n’avait jamais cessé de traduire avec justesse les mots de Dufaux.

Dufaux, quant à lui, démontre une fois de plus la richesse de son savoir-faire de conteur. Maître dans l’art de l’observation, le scénariste propose un irrésistible récit aux personnages complexes, complètement soumis à leurs passions incontrôlées, leurs désirs incommensurables et à leurs envies inassouvissables. À la façon des plus talentueux compositeurs, le Ninovois élabore une symphonie dessinée où la fiction danse avec la grande et la petite histoire dans une dramatique bellicrepa mortelle.

Un péplum toujours aussi époustouflant.

Thorgal saga : La déesse d’ambre.

Tout comme j’aime Alix Senator, mouture plus moderne du légendaire héros créé par Jacques Martin, j’aime Thorgal Saga. Et ça tombe bien parce que le nouvel opus de cette série hommage, La déesse d’ambre, est justement écrit par celle qui a su insuffler un vent de jeunesse au célèbre Gaulois, Valérie Mangin.

En protégeant une femme de trois hommes qui voulaient lui faire un mauvais parti, Thorgal s’engage, sans le vouloir, dans un piège presque inextricable. Pour le remercier de son intervention, la demoiselle en détresse lui offre un collier en ambre. Premier pas d’une machiavélique mécanique qui l’obligera à affronter la malédiction d’une déesse.

6e tome de cette série qui explore de nouvelles déclinaisons de Thorgal, La déesse d’ambre est un bon album, notamment grâce au pinceau élégant, musclé et sauvage de Christophe Bec qui illustre avec puissance ce monde légendaire, plus grand que nature.

Valérie Mangin propose un récit classique qui répond aux canons du genre. Si l’historienne de formation ne réinvente pas le guerrier du nord, comme elle l’a fait avec Alix, elle concocte, quand même, un scénario solide, aux nombreuses respirations narratives, qui permet à Bec de briller de tous ses feux et de démontrer l’étendue de son immense palette graphique.

S’il ne s’agit pas du meilleur album de cette série parallèle (Il est difficile de battre Adieu Aaricia de Robin Reich et Wendigo de Corentin Rouge et Fred Duval), il reste que c’est un album nettement supérieur aux dernières aventures du Thorgal traditionnel.

Un petit plaisir qu’il ne faut pas bouder.

Dufaux, Jérémy, Delaby, Murena, Les Neronia, Dargaud.

Valérie Mangin, Christophe Bec, Thorgal Saga, La déesse d’ambre, Le Lombard.

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