L’autre Amérique
Le diable en son temps
De Donald Ray Pollock
Albin Michel
340 p
Knockemstiff
Ohio
De Donald Ray Pollock
Albin Michel
Nouvelles
330 p
Vous souhaitez découvrir un écrivain captivant « qui fesse fort », pour reprendre une expression typiquement québécoise ? Ne cherchez plus ! Courez chez votre libraire préféré ou procurez-vous ces deux ouvrages en ligne. Je n’ai aucune recommandation particulière, si ce n’est mon instinct, et, pour une fois, mon « nez de lecteur » ne m’a pas trompé. Lorsque j’ai commencé à lire le livre, j’ai tout de suite pensé à des écrivains tels que Don Winslow, James Crumley, certains auteurs de la collection Série noire, y compris le redoutable Don Tracy, ainsi qu’à James Ellroy. Cela est dû au fait que l’Amérique décrite par Donald Ray Pollock, qui a travaillé comme ouvrier pendant 35 ans avant de se lancer dans l’écriture, est à des années-lumière de l’Amérique de Donald Trump, qui cherche à séduire la classe moyenne pour satisfaire ses propres désirs.
Sans vous préparer au pire, nous vous assurons que l’univers du romancier s’avère peu réjouissant, mais quelle plume! Parce que cette Amérique profonde, qui n’est pas celle des « culs-terreux » (souvenez-vous du film Delivrance), reste marquée par la violence, l’abandon et l’abîme d’une vie dont l’avenir sera tronqué dès la naissance.
Dans le roman « Le Diable, tout le temps », nous nous trouvons dans un village perdu de l’Ohio, au cœur du Midwest. Ce lieu semble avoir été abandonné par les gouvernements et oublié par les gens. On pourrait même dire qu’il est ancré dans leur inconscient. Si Arvil est un enfant torturé (deuil de sa mère, suicide d’un père influencé par les prédicateurs locaux), on découvre également un duo de tueurs en série, un shérif totalement corrompu, des trafiquants beaucoup plus violents que ceux de Chster Himes et, de surcroît, moins drôles. On y trouve également de l’alcoolisme, de l’inceste et des familles misérables, etc.
Pollock, ouvrier lui-même, connaît admirablement ces milieux de marginalité et d’abandon. Ces coins de terre où la survie est impérative, même pour acheter du pain. Une peinture brutale, mais combien magistrale et nécessaire !
Avec Knockemstiff, que l’on pourrait traduire par « assommez lès sur-le-champ », l’auteur nous présente une palette d’histoires qui pourraient servir à la fois à de jeunes écrivains en herbe et à des vétérans. Nous sommes toujours en Ohio, un pays semblable à des caravanes de maisons perchées sur un fi, et accueillant une population qui a « disjoncté ». Vous allez croiser une nièce racoleuse. Un père malhonnête qui incite son fils à se battre, un autre jeune qui réalisera que son père, vétéran de la Seconde Guerre mondiale, ne souhaite rien de plus pour sa progéniture que de l’améliorer un peu. Un monde clos et dix-huit nouvelles percutantes, écrites avec une plume acide. C’est explosif !
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