Le Père-Lachaise, la mort vous va si bien.

 

                                                    


Par Robert Laplante

L’été est à nos portes, les vacances et les voyages aussi. Moi, quand je parcours le vaste monde, j’aime déambuler dans les cimetières. Ça peut vous paraître bizarre, macabre peut-être, mais j’adore ça, Pourquoi ? Tout simplement parce que les nécropoles sont particulièrement riches en notions historiques et anthropologiques. Et c’est exactement ce que je recherche que je foule des sols étrangers, hors de mon Rosemont.

Le Père-Lachaise : Légendes, célébrités et sépultures insolites.

Parmi les plus beaux « camposanto » que j’ai explorés, il y a l’incontournable Père-Lachaise à Paris. Bien sûr, il y a aussi les catacombes, Montparnasse et Montmartre, mais il faut bien reconnaître qu’ils n’ont pas la même valeur symbolique que lui. Ce n’est pas pour rien qu’il est, avec ses trois millions et demi de visiteurs, bon an, mal, le cimetière le plus fréquenté du monde.

Mais voilà, le Père-Lachaise est immense : 44 hectares et 75 393 tombes. De quoi se perdre facilement dans ses allées.

Peut-être pour éviter de s’y égarer, ou pour le voir sous un nouveau jour, les éditions Delcourt ont publié une sympathique bédé, signée Sébastien Floc’h et 16 illustrateurs talentueux : « Le Père-Lachaise, légendes, célébrités et sépultures insolites »

À partir du destin de 16 des 1 000 000 pensionnaires éternels, Floc’h et ses collaborateurs racontent l’histoire fabuleuse de ce témoin impassible qui accompagne Paris depuis 1804. Une fascinante promenade, truffée d’anecdotes savoureuses et de légendes urbaines, à travers ses allées ombragées et ses monuments les plus notables.

J’ai eu un plaisir fou à me plonger dans cette lecture que j’aurais aimé avoir feuilleté lors de ma première rencontre avec le Père-Lachaise. Mais il est indéniable qu’elle va me servir quand j’y retournerai. Parce que le Père-Lachaise, tout comme le Louvre et le British Museum, est en constante métamorphose et ne se livre jamais tout à fait.

                                                         


Woodstock 69, le concert du siècle.

Parmi les locataires du Père-Lachaise, il y a le gigantesque Jim Morrison, immense chanteur du groupe The Doors et dieu du « Flower Power ». Un mouvement culturel qui trouva son apothéose du 15 au 18 août 1969 avec Woodstock. Icône emblématique de la génération hippie, le festival se retrouve au cœur de « Woodstock 69, le concert du siècle », la toute nouvelle bande dessinée de Toussaint et Munuera.

Mais Woodstock, on en a beaucoup parlé, me direz-vous. Il n’y a pas une année où il ne se rappelle pas à notre mémoire. On a eu le légendaire documentaire de Michael Wadleigh et de son jeune assistant Martin Scorsese. (Woodstock, 1970) On a aussi eu la fiction de Ang Lee (Talking Woodstock, 2009), qui s’intéressait aux préparatifs. On a même eu droit à un épisode d’une série de superhéros qui l’avait comme décor (DC Légendes de demain 2018). Bref, on l’a abordé de toutes les façons inimaginables.

Pourtant, j’ai eu l’impression de le redécouvrir sous un nouveau jour avec cette bédé. Il faut dire qu’en offrant la parole aux spectateurs, en se concentrant sur cette foule bigarrée, les auteurs ont proposé une exploration à hauteur d’homme du plus mythique festival de l’imaginaire collectif occidental.

1969, Long Khánh, république du Vietnam, environ 50 km à l’est de Saigon, Ulysse, un soldat en poste au Vietnam, reçoit une lettre de son amour Leslie. Dans sa missive, Leslie lui annonce son désir de se marier avec quelqu’un d’autre durant l’immense fête musicale. Le GI, rapatrié aux États-Unis, fonce vers Bethel pour tenter de rafistoler ce qui peut encore l’être. Mais comment retrouver Leslie parmi la gigantesque foule qui se masse sur les 243 acres de la ferme laitière de Max Yasgur où a lieu le festival. Pendant trois jours, Ulysse cherchera son amour alors que défileront sur scène les plus importants musicos de cette fin de décennie.

Nouvelle bande dessinée du tandem qui avait proposé, il y a quelques années, la sympathique « Course du siècle », « Woodstock 69, le concert du siècle » est une belle réussite. À la différence de leur précédente collaboration qui se déroulait trop rapidement, les auteurs ont su, ici, donner au récit les respirations narratives, l’enthousiasme, les quiproquos et les réjouissants clins d’œil nécessaires à l’efficacité de son développement.

Si, Toussaint jongle talentueusement avec la petite et la grande histoire du légendaire festival, que dire de Munuera qui, avec ses pinceaux, restitue avec éclat son ambiance. Avec son trait rythmé, souple et élégant, le dessinateur nous le fait vivre comme si nous y étions, à chercher, nous aussi, un endroit pour s’abriter de la pluie ou pour goûter les notes des Santana, CCR, CSN & Y, John Sébastian et des autres, qui ont foulé les planches de la scène.

Tiens, je pense que je vais écouter un peu d’Hendrix.

Sébastien Floch’h et 12 dessinateurs, Le Père- Lachaise, Légendes, célébrités et sépultures insolites, Delcourt.

Toussaint, Munuera, Woodstock 69, le concert du siècle. Le Lombard.

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