La plume d’un grand seigneur

                                                                              


Des oreilles au bout des doigts

35 ans de journalisme musical

Par Sylvain Cormier

Éditions somme toute/Le Devoir

324 p

À tous les jeunes journalistes et aux amateurs de musique ou d’écriture tout court, courez chez votre libraire ou téléchargez le  cette nouveauté ! Depuis 1990, Sylvain Cormier est journaliste culturel au Devoir, et plus précisément critique pop rock, avec un net penchant pour la chanson francophone. De mon âge ou presque, je le connais peu. Sylvain est une plume attentionnée qui fouille et donne souvent un autre regard sur l’artiste en question. En lisant attentivement ce recueil de textes, j’ai immédiatement pensé à Antoine Blondin, Angelo Rinaldi, parfois à Michel Audiard et à Boris Vian. Ils ne se laissaient pas « embobiner » par les paroles mielleuses, l’artifice ou n’importe qui d’autre.

Ses textes, qui reflètent une époque où les journaux déléguaient beaucoup de journalistes aux festivals (un âge doré, selon certains), où une confrérie se retrouvait aux Francofolies, au Festival de jazz, ainsi qu’à tous les concerts qui faisaient inévitablement la une le lendemain. Le métier de chroniqueur musical est exigeant : une course contre la montre. Avant même que le concert débute, il faut penser à un titre, écrire des lignes d’introduction, déchiffrer la performance, puis l’envoyer à 22 h ou 22 h 30. Cette échéance est impérative.

Une présence indispensable.

Justement parce que je suis moins versé dans la musique francophone, je peux me replonger dans ces textes avec bonheur. Tout est finement ciselé. La passion transpire avec ce je-ne-sais-quoi qui transmet à l’autre, au lecteur, ces quelques instants de grâce. Parmi les monuments, nous retrouvons Gilles Vigneault : le poids des mots de la vie, Richard Desjardins : la première fin de Richard Desjardins, Jean-Pierre Ferland : chansonnier ou Clémence Desrochers : Mademoiselle Sainte Bénite. Encore une fois, chers apprentis journalistes, notez bien le style, les sous-entendus ou les aspects secondaires. Il faut butiner, savourez, comme dans le Québec yé-yé où Michel Louvain prend place : Le temps des fleurs, Stéphane Venne : La bouffée d’air frais. Que dire des touchants portraits de Renée Martel ou de Renée Claude ? Sans oublier les jeunes : Arianne Moffat, Catherine Durand, Vincent Vallières ou Jean-Louis Cormier.

Cormier apparaît ici comme un voyageur du temps, un gourmand de sons et de phrases. Son écriture, éclatante et parfois acide, demeure toujours élégante.

Ce livre est un refuge, un jardin enchanté où l’on redécouvre la musique à travers une plume qui écoute autant qu’elle raconte.


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