Salmigondis littéraire estival I

 

                                         


Par Robert Laplante

« L’été, l’été. C’est-y pas le temps des vacances. L’été, l’été. C’est-y pas la saison d’aimer », fredonnait, en 1960, Jean-Jacques Debout. Le chanteur aurait pu aussi y ajouter « L’été, l’été. C’est-y pas le temps de lire. »

Y a-t-il meilleure façon de profiter de la saison chaude que de lire sur le gazon, sur le balcon, à la plage, à l’ombre de majestueux arbres ou sous les gazouillis apaisants des cardinaux, geais bleus, orioles de Baltimore et autres parulines ?

Alors, pour bien vivre votre été 2026, voici trois coups de cœur à déguster sous le réconfortant soleil de juillet.

Mary Anning.

Le 11 juin 1993, « Jurassic Park » de Stephen Spielberg, adaptation du technothriller de Michael Crichton, prenait d’assaut les cinémas nord-américains. Non seulement le film fut un mégasuccès (il a rapporté 914 millions de dollars l’année de sa sortie), mais il a aussi donné un nouvel élan à une « dinomanie » qui agitait l’Occident depuis 1824, année où William Buckland a fait connaître ses premiers travaux sur ces terrifiantes créatures qui ont foulé notre sol, il y a bien longtemps.

Mais Buckland n’était pas le seul à s’y intéresser. Plusieurs autres scientifiques tentaient de comprendre la nature de ces étranges empreintes qu’ils trouvaient dans la roche. Parmi eux, il y avait Mary Anning. Malheureusement, comme elle était une femme, elle n’a jamais eu à son époque, ou si peu, toute la reconnaissance qu’elle méritait.

Originaire d’une famille défavorisée du Dorset anglais, Mary Anning a passé sa vie à fouiller les parois instables de sa ville pour y dénicher des fossiles et les observer avec attention.

Mais dans cette Angleterre victorienne, où la Bible est l’unique référence, il ne fait pas bon s’interroger. Surtout si vous êtes une femme, pauvre de surcroît, et que vous ne provenez pas de grandes écoles reconnues.

Pourtant, elle s’en pose des questions, Mary. Notamment sur ces étranges fossiles qu’elle trouve sur les falaises de ce coin de pays. Et ce, malgré l’opprobre populaire, les remontrances des gens d’Église et la condescendance des scientifiques qui ne la respectent pas et qui refusent de lui accorder le moindre crédit pour ses découvertes et ses observations. Normal, me direz-vous, à quoi s’attendre de ces « scientifiques » proches du clergé et des interprétations bibliques et qui effectuent peu de travail de terrain.

L’excellente BD de Kapik et Julie Benoit, une de mes préférées de l’année, « Mary Anning sur les traces des dinosaures », donne la parole à cette femme qui a défié cette société britannique étouffée par sa religion rigoriste, ses conventions sociales conservatrices immuables et son patriarcat impitoyable.

Le résultat est une bédé fascinante sur une femme inspirante qui, contre vents et marées, a enrichi nos connaissances sur la paléontologie des dinosaures.

Une très belle surprise.

                                             


L’expérience Pentagramme.

Il y a des bouquins qu’on regrette de ne pas avoir lus avant. C’est le cas de « L’expérience Pentagramme », un roman d’Yves Sente, scénariste de Blake et Mortimer, de XIII et de Thorgal, publié en 2025. Un « page turner » efficace que j’ai dévoré en trois jours.

Comme tout bon thriller qui flirte avec le conspirationniste, c’est presque un sacrilège de donner trop d’éléments. Sachez seulement qu’il est question d’une alliance occulte entre Big Pharma, la haute technologie et l’appareil militaire américain. Le but : transformer certains soldats en assassins parfaits au moyen d’une puce implantée dans le cerveau. Une chance, Waya Wings, cheffe de la sécurité de la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency), veille au grain pour empêcher la catastrophe.

Scénariste et feuilletoniste aguerri, Sente sait raconter une histoire et garder notre attention. Il n’y a aucun temps mort dans cet héritier des « Parallax View », « Manchurian Candidate » « 3 Days of the Condor » et de certains épisodes des « X-Files ». Avec une aisance machiavélique, il nous guide dans un couloir aussi obscur qu’anxiogène, où la menace se terre dans chaque coin d’ombre et dans chaque parcelle de lumière.

Une lecture parfaite pour une journée ensoleillée. Mais attention aux coups de chaleur, parce que vous aurez de la difficulté à décrocher du livre.

                                                 


Dictionnaire amoureux de la bande dessinée.

En terminant, je m’en voudrais de passer sous silence le très beau « Dictionnaire amoureux de la bande dessinée » de Benoit Peeters. Écrivain, essayiste, professeur, intellectuel et scénariste talentueux, le Parisien s’intéresse à la BD depuis toujours.

Au fil des ans, il a réalisé quantité d’entrevues avec les plus grands bédéistes et proposé nombre d’articles et d’analyses captivantes sur le 9e art. Sa nouvelle parution est un peu le résumé de son parcours sur les territoires de la bédé.

Plus qu’un ouvrage de référence, son dictionnaire est une vibrante lettre d’amour envers les petits Mickey. Un livre de chevet qui ne me quitte jamais et que j’adore feuilleter quotidiennement pour y retrouver les différents visages de sa passion… et de la mienne.

Kapik, Julie Bouvot, Mary Anning, sur les traces des dinosaures, Steinkis.

Yves Sente, L’expérience Pentagramme, Éditions du Seuil.

Benoît Peeters, Dictionnaire amoureux de la bande dessinée, Plon.

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