Soyons coquins avec un peu de sérieux
Chair
par David Szalay
Booker Prize 2025
Albin Michel
394 p
Chair est le titre du nouveau livre de David Szalay, un auteur qui a passé son enfance à Montréal, où sa mère est canadienne et son père hongrois. Il a été « louangé » pour son regard clinique sur les hommes contemporains (nous y reviendrons), et il retourne ici avec une œuvre où la vulnérabilité est, en quelque sorte, la matière première. Parfois embarrassant ou miroir d’une époque, il se consacre à un seul homme, avec peu de mots, qui va multiplier dès son plus jeune âge les conquêtes. Il cherche l’amour, certes, mais aussi un point d’ancrage.
Le roman s’ouvre en Hongrie avec Istvan qui a quinze ans. Il trompe son ennui dans une ville morne. Pour se sortir de cette routine, l’unique moyen est la rentrée au collège, où il pourra faire de nouvelles connaissances. Hélas, rien de tel ne se produit. L’auteur explore son quotidien jusqu’au moment où il rencontre sa voisine, une femme beaucoup plsu âgée qui s’occupe de son mari invalide. Il est impossible de prédire l’issue de cette histoire, mais notre personnage principal va devenir l’amant de sa femme sans aucune réserve. Nous nous éloignons nettement de « 50 nuances de gris » ou du film Midnight Cowboy car Istvan est laconique jusqu’au jour où il tombe amoureux. Elle le repousse doucement, mais il est têtu et s’amorce une confrontation avec le mari, qui n’en sait rien. Un accident peut survenir en un clin d’œil, ce qui entraîne son incarcération dans un centre de redressement.
Pour se sortir de cette situation, il devra s’engager dans des combats en Irak, mais il ne développera pas de syndrome de stress post-traumatique. Il passera son temps à jouer aux cartes et à se lier d’amitié avec certaines personnes, mais sans plus. Comme Rastignac, il trouvera sa perle rare à Londres, en la personne d’un riche financier qui passera à l’état de protecteur. Sa carte militaire lui servira de sauf-conduit, car il se métamorphosera en garde du corps et chauffeur. Tout en restant un étranger dans ce monde, il naviguera facilement et deviendra l’amant de la femme du bon Samaritain. J’aurais pu réussir, mais, hélas, une fois de plus, le château de cartes s’effondrera. Son monde s’écroulera et il retournera habiter chez sa mère jusqu’au jour ou !
Szalay n’a pas le style flamboyant. Il optera plutôt pour des énoncés concis. C’est peut-être pour cette raison que le livre touche autant. On lit Chair comme si on écoutait quelqu’un qui admet enfin ce qu’il n’a jamais osé avouer.
Au final, Chair est un roman qui ne cherche pas à séduire, mais qui y arrive presque malgré lui.
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