Sublime et tragique
La mariée silencieuse
De Piergiorgio Pulixi
Gallmeister
445 p
Une robe de mariée, un corps abandonné aux limites de Milan… Dans La Mariée silencieuse, Piergiorgio Pulixi orchestre ce basculement avec une maîtrise qui a fait l’unanimité. Une tension qui monte comme une fièvre, portée par une vague de féminicides qui secoue la ville… Pulixi ne rédige pas un simple polar : il compose une partition sombre. Et si ce livre devenait votre lecture estivale de prédilection ?
L’écrivain sarde a remporté le prix Scerbanenco pour son livre « L’île des âmes ». Cette récompense évoque pour moi un auteur italien emblématique du polar moderne, Giorgio Scerbanenco. Malheureusement, ce dernier est souvent négligé, alors qu’il a contribué à élever le roman policier italien au rang de littérature noble. Il s’est distingué dans le genre du roman noir, avec des œuvres telles que « Vénus privée » et son personnage principal, le psychiatre déchu Duca Lamberti, ainsi que « Les Milanais tuent le samedi ». À l’instar de Simenon, Scerbanenco s’intéressait davantage au « pourquoi » qu’au « comment ». C’est exactement ce que fait Pulixi.
Au centre de la fiction, un père. Italo Seu, un vieil homme brisé, mais debout, qui refuse que la mort de sa fille Maria Donata soit classée sans suite. Ce personnage est au centre du récit, comme une prière obstinée. Italo n’est pas un héros : il se demande combien de temps il va encore avoir la force de vivre, afin que son petit-fils, Pippo, ne soit pas envoyé en foyer d’accueil. Italo a cette volonté farouche de comprendre. Pulixi en fait le cœur battant du roman, un cœur qui ne cède jamais.
Face à lui, l’équipe de Vito Strega, un criminologue charismatique qui entend des voix, est de retour dans une enquête qui semble d’abord trop vaste. On retrouve aussi son trio de base : Eva, Mara et Bepi. Les failles et les fantômes de ces personnages deviennent autant de lignes de force du récit. Ce n’est pas seulement une enquête qu’on lit, c’est un groupe qui carbure à l’espresso, qui jure en dialecte et qui se chamaille pour mieux tenir debout. Pulixi a un talent exceptionnel pour donner vie à ses figures et les rendre familiers, presque intimes. Il maîtrise l’art du noir, alternant des chapitres racontés à la première personne par le tueur et une tension palpable dans l’atmosphère urbaine. L’enquête se dérobe constamment, mais l’auteur l’habite avec une intensité rare. Les féminicides s’accumulent, et à chaque page, une rage sourde envahit le lecteur. C’est un roman journalistique, d’actualité brûlante.
Parce que La Mariée silencieuse est un roman qui explore frontalement la violence, sans embellissement ni détournement. Cette violence, que les femmes endurent chaque jour. L’écriture ne cherche jamais à émouvoir artificiellement, préférant une progression lente et régulière vers la vérité. Pulixi démontre une fois de plus qu’il est un virtuose du roman noir européen, combinant habilement humanité, suspense et profondeur, sans jamais perdre son lectorat.
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