Une héroïne ordinaire

                                                    


Cette vie ou celle d’après

De Christian Signol

Albin Michel

480 p



Après la lecture de « Cette vie-là, ou celle d’après », j’ai mieux compris pourquoi l’écrivain Christian Signol attire autant de lecteurs. Très près de l’univers Marcel Pagnol, il a su, au fil des décennies, tracer une cartographie des mémoires de familles, petites gens, créant par le fait même un effet « nostagie » que nous aurions tort d’ignorer. Je songe en particulier à : Les enfants des justes, Une famille française ou : Elle rêvait d'autres cieux et d'autres matins, sans oublier : Les vignes de Sainte-Colombe Avec : Cette vie ou celle d’après, il emprunte les rudes sentiers du Vercors. Nous faisons la connaissance de Blanche, une enseignante retraitée qui retourne dans son pays d’origine pour retrouver le lieu où son premier amour a pris fin (1944). Bien que l’écriture soit parfois sérieuse, elle est également profondément émouvante. Cela pourrait être l’histoire de votre grand-mère ou arrière-grand-mère, ainsi qu’un aperçu de la Seconde Guerre mondiale qui s’est déroulée dans les hameaux et les tranchées.

Signol exprime toute sa puissance : une langue claire, directe, nourrie de petits moments, traversée par les saisons, ainsi que le froid mordant des montagnes. Blanche, orpheline dès son jeune âge, devint tout de même une institutrice déterminée, bravant vents et marées. Elle symbolise cette génération pour qui l’instruction était une priorité absolue, un mot-clé pour toute existence. Comprendre, c’est acquérir des outils qui nous permettront de percevoir ce qui peut advenir. Vous serez touchés par cette femme aussi fragile qu’inébranlable, qui porte sur ses épaules un combat.

Elle rencontrera Julien. Un Charbonnier illettré, discret avec qui elle partagera l’amour de la lecture ainsi que d’une vie. Une rencontre improbable, mais pas tout à fait, et nous sommes à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, avec deux destins qui vont fusionner dans l’urgence.

La guerre (Julien entrera dans la Résistance), la déportation pour Blanche et les camps de concentration, juste parce qu’elle a passé « des papiers ». Les rafles se font dans l’improvisation totale. Le roman avance entre vécu et présent, avec les cahiers d’écoliers, les carnets de mémoires et les fantômes, jeunes résistants qui s’opposèrent à l’armée allemande et quelques « collabos » sur les hauteurs du Vercors.

C’est une réflexion sur l’écoulement du temps et sur la solitude d’une personne qui a vu beaucoup de choses et qui a des relations compliquées avec sa fille, qui ne comprenant pas la détermination de sa mère à retourner dans son coin de pays. Une ode à ceux qui ont disparu, mais qui sont toujours existants dans vos souvenirs.

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