Correspondances d’un maître

 

                                                  


Dans l’intimité d’un espion

Lettres de John Le Carré

Édition établie par Tim Cornwell

Seuil

725 p

Dans l’intimité d’un espion se trouve une chose qui évoque une exploration minutieuse, un geste d’archiviste plongeant dans une correspondance dont les plis révèlent autant que les mots. Cette tâche exige de la patience. Ce recueil, édité par Le Seuil dans la collection « Cadre vert », rassemble plus de sept décennies de lettres soigneusement compilées par Tim Cornwell avant son décès. Il nous révèle un aspect méconnu : celui de l’homme derrière l’écrivain de renom dans le domaine du roman d’espionnage. Ce fut en quelque sorte mon compagnon estival, bien que je ne sois pas trop familier avec l’univers de cet écrivain qui fut aussi un espion, ne l’oublions pas !

L’écrivain rigoureux David Cornwell, connu sous le pseudonyme de John le Carré, est présenté dans toute sa splendeur : un individu énigmatique, façonné par son enfance tumultueuse — une mère disparue précocement, un père escroc et excentrique. Les lettres que cet écrivain adressait à ses proches ou à des personnalités éminentes, comme Graham Greene ou Tom Stoppard, forment un portrait remarquablement unifié. Elles dévoilent un auteur qui, même dans les instants les plus intimes, ne perd jamais de vue cette vigilance morale et politique qui caractérise ses romans.

À travers les pages, c’est la façon dont Le Carré écrit qui ressort. Les lettres deviennent l’atelier d’un romancier qui sculpte chaque intrigue avec le soin d’un horloger, qui regarde la Russie avec une curiosité inquiète et qui s’insurge contre le Brexit au point d’en avoir « terriblement honte ». Cette dimension politique, bien connue, s’oppose ici à une dimension plus personnelle : celle d’un homme intègre, parfois mélancolique, toujours fidèle à ses convictions.

Toutefois, John Le Carré ne dit rien au sujet de son expérience au MI5 et au MI6 (ce qui aurait pu être intéressant ou bien est-ce un devoir de réserve). Ce silence est pourtant une constante dans l’écriture de Le Carré, qui en a fait un véritable art. Ce recueil, partiel, mais dense, devient alors le compagnon parfait de ses romans.

Dans l’intimité d’un espion n’est pas un livre de révélations. Il offre plutôt une expérience immersive dans l’univers d’un écrivain de renom, où chaque lettre, même la plus courte, s’ajoute comme une pièce supplémentaire à l’énigme Le Carré. Ce livre s’adresse à un public averti, aux amateurs de coulisses et à ceux qui savent que l’espionnage authentique se déroule toujours dans les zones d’ombre.

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