La mer qu’on voit danser

 




                                                  

Atlas historique de la mer

Par Christian Grataloup

Jean de Préneuf

Les Arènes-L’histoire

215 p



Dans le paysage éditorial français, L’Atlas historique de la mer de Christian Grataloup et Jean de Préneuf se distingue comme une véritable exception. Bien entendu Internet nous offre des trésors tout comme l’intelligence artificielle. Cependant, rien ne vaut une ou plusieurs soirées passées à naviguer sur les mers, d’un océan à l’autre. À l’approche de la rentrée scolaire, cet atlas constitue un véritable joyau, malgré les craintes des Cassandre. Ce n’est pas juste une carte, mais une véritable cosmographie émotionnelle où la mer est le berceau de l’humanité. Les Arènes ont déjà soutenu Grataloup dans ses expéditions à travers le monde, que ce soit pour son Atlas historique de la France, son Atlas historique du Moyen-Orient ou son Atlas historique mondial. Ce projet n’est pas l’œuvre d’une seule personne. Pour aider le duo Grataloup /Préneuf, une quinzaine de spécialistes de diverses disciplines ont apporté leur expertise. Le livre est ample, somptueusement composé, et se transforme facilement en sac à dos. Nous sommes à mille encablures des atlas anciens du type Larousse, qui pesaient « une tonne ».

C’est un atlas qui redonne aux océans leur rôle premier, soit celui d’un espace de circulation, de conflits, de métissages. Grataloup, un géohistorien majeur, transforme une carte en un voyage et plus, en un récit. À ses côtés, l’historien Jean de Préneuf apporte une précision documentaire magistrale.

Ce qui frappe en feuilletant l’ouvrage, c’est la puissance narrative des cartes, qui ne font pas que situer : elles racontent notre histoire, peu importe le point de vue. Des routes de la soie maritime, en passant par les rivalités coloniales, les migrations forcées, le monde des pirates, les câbles sous-marins, les zones de pêche ou les frontières mouvantes du droit international. Chaque planche est un véritable ravissement qui fonctionne comme un théâtre. On pense évidemment à Fernand Braudel, mais avec une infographie visuelle moderne, ce qui se comprend parfaitement.

L’écriture, concise et parfois mordante, se marie harmonieusement avec les cartes sans les surcharger. Elle éclaire les sujets et, mieux encore, suggère des pistes de réflexion. Grataloup a ce don de glisser une phrase percutante, une formule qui résume un siècle de géopolitique. Préneuf, quant à lui, sait donner à la mer une texture, une profondeur, presque une respiration.

En réalité, cet atlas raconte une histoire simple : il tisse des liens entre les continents, les peuples, les économies et les imaginaires. Il tisse également des liens avec les conflits malheureusement inévitables. Dans un monde où les frontières se durcissent, où les océans se réchauffent et où les voies maritimes deviennent des enjeux stratégiques, cet ouvrage rappelle qu’il est crucial de comprendre la mer pour éclairer notre avenir.

Cet ouvrage sert d’atlas pour comprendre et ressentir le monde. Il  stimule la réflexion.

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