Les faits avant tout!
Ce que j’ai appris du journalisme
De la révolution tranquille
à la révolution numérique
par Florian Sauvageau
Somme toute
Le Devoir
312 p
En lisant le livre sur Florent Sauvageau, j’ai parfois compris que je venais d’une époque antédiluvienne où le journal était la première source d’informations. Bien que la télévision et la radio existaient déjà, l’imprimé restait ma source d’information principale. À 80 ans passés, Florian Sauvageau, ancien directeur de la rédaction du quotidien « Le Soleil » de Québec, mais aussi animateur de nombreuses émissions à la télévision et à la radio, s’est lancé dans l’écriture d’un livre qui ne se veut pas nostalgique. En effet, il y aborde sans détour La Presse, Le Soleil, les patrons, ses amis journalistes et les conflits syndicaux. Nous sommes invités à plonger avec délice dans ces univers où tout était encore possible. Les événements marquants des rédactions sont nombreux : la crise d’Octobre, l’élection du Parti québécois, la chute du mur de Berlin. En bref, de la Révolution tranquille à l’ère numérique, le métier a toujours su s’ajuster.
En tournant les pages, on découvre que le journalisme de la Révolution tranquille a été un catalyseur de progrès. Les grands quotidiens, comme Le Devoir, La Presse ou encore Le Soleil, ont accompagné l’éveil politique et culturel du Québec. Au sein de ce paysage, la figure de Jean-Louis Gagnon, à l’instar de Pierre Lazareff, l’infatigable rédacteur en chef de « France-Soir », se révèle comme une référence incontournable. Journaliste, penseur et diplomate, il représente cette génération qui, avec sérieux, considérait la presse écrite comme un outil de progrès démocratique. Gagnon a contribué à élever le statut de journaliste en y apportant une rigueur et une ambition allant au-delà de la simple diffusion d’informations. Son impact souligne l’engagement du journalisme québécois pour l’excellence et la responsabilité.
Informer pour éclairer, analyser pour comprendre et présenter les faits avec objectivité. De plus, il faut résister à la facilité et à la complaisance. Selon Florian Sauvageau, Le Soleil et La Presse ont accepté cette responsabilité en créant des salles de rédaction capables de couvrir les changements sociaux, les débats linguistiques et les réformes institutionnelles.
La révolution numérique, que nous vivons plus chaotiquement, survient alors que les publicités s’envolent ou s’échangent vers d’autres plateformes. Face à un écosystème saturé où la 3.0 émerge instantanément comme une religion, comment le journaliste peut-il réagir, surtout avec la disparition des vérificateurs en temps réel, des gestionnaires de flux et des créateurs de contenu multi-plateformes ? Les références du passé vacillent : la temporalité du papier s’évapore, la structure de l’information se désagrège et le public devient interactif.
Il est impératif que vous lisiez les chapitres consacrés au journalisme d’enquête, un domaine qui n’a rien perdu de son actualité. Ils traitent du crime organisé avec Jean-Pierre Charbonneau, qui a échappé de justesse à la mort, tout comme Michel Auger, « tiré » froidement dans le stationnement du Journal de Montréal. Les coûts de construction du Stade olympique avec Guy Pinard, le scandale de la viande avariée bien avant la LA CEC0. Bien sûr, il y a aussi eu les enquêtes conjointes de plusieurs journaux qui ont mené à la commission Charbonneau. C’est une tâche cruciale et captivante lorsque nous parcourions les « papiers ».
Selon Sauvageau, le journalisme consiste à décoder et à transmettre des nouvelles du monde. Bien que la révolution numérique ne remplace pas l’héritage de Gagnon ni celui des grands quotidiens de la Révolution tranquille, elle les relance plutôt, obligeant le journalisme à renforcer sa mission.
Un métier en constante évolution qui permet de capturer l’essence d’une société en perpétuel changement.
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