Les faits sont parfois trompeurs
Celle qui sait
De Riley Sager
Verso
520 p
Dans « Celle qui sait », un parfum de manoir penché sur l’océan se dégage, un décor qui semble sur le point de s’effondrer sous le poids des secrets qu’il renferme. Il nous fait irrésistiblement penser à Stephen King (sans l’horreur) ou à des romans gothiques anglais classiques. Riley Sager, réputé pour son goût pour les décors cinématographiques, renforce délibérément l’aspect gothique avec cette brume qui adhère aux vitres et aux esprits. On pénètre dans Hope’s End comme dans un endroit brumeux, un lieu où les convictions s’estompent, où chaque pas résonne comme une mise en garde.
Kit McDeere, une aide-soignante aux antécédents troubles, débarque en 1983 dans ce manoir surplombant une falaise pour s’occuper de Lenora Hope, une survivante muette d’un massacre familial qui s’est produit en 1929. Le dispositif narratif, soit une vieille machine à écrire comme seul moyen de communication, est une trouvaille, même si elle ralentit le flux. Elle installe la tension nécessaire. Chaque mot frappé par Lenora équivaut à un coup de cymbale dans une pièce close où tout le monde est suspecté et où l’on se surprend à spéculer sur des théories qui s’effondrent instantanément. Curieuse, Kit Mc Deere mène son enquête sans rien révéler à la police. Elle cherche à comprendre le rôle de la majordome encore en poste, du jardinier, ancien barman, ainsi que du cuisinier. Puisqu’à une certaine époque, ce manoir regorgeait de personnels, comme dans l’esprit victorien.
Sager excelle à construire cette montée en pression. Les premières centaines de pages sont une véritable merveille en matière de développement psychologique, offrant une immersion totale, des allers-retours entre passé et présent, et une progression délibérément lente.
Dans le dernier tiers, l’histoire s’emballe un peu, et nous devinons peu à peu la supercherie.
Il est vrai que Celle qui sait fonctionne. Sager excelle dans l’art de concevoir des décors captivants, des interludes remplis de suspense et des personnages qui évoluent dans l’obscurité. Il jouera avec vos nerfs, ainsi qu’avec votre intérêt pour les mystères familiaux (beau clin d’oeil au génie d’Agatha Christie). Justement, un territoire en vase clos reste imprévisible et/ou excessif.
C’est un roman à suspense d’ambiance efficace, mais imparfait, doté d’une pulsation sombre qui fait tourner les pages.Un roman parfait pour l’automne qui s’installe en cette rentrée littéraire.
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