Ne pas vendre la peau de l’ours ou autre chose!

 

                                               


Les braconniers

De Callan Winks

Albin Michel

300 p



Avec Les Braconniers, Callan Wink, guide de pêche à la mouche, poursuit l’exploration de cette Amérique rurale qu’il connaît bien : les vallées du Montana où les grands espaces ne sont pas un simple décor, mais une force tellurique qui façonne les hommes. Wink excelle dans ses descriptions de la nature, rappelant parfois James Lee Burke où chaque odeur de résine, chaque silence des Beartooth Mountains semble vibrer sous la plume.

Au cœur du récit, il y a deux frères : Thad et Hazen, abandonnés par leur mère et écrasés par les dettes laissées par leur père. Leur maison, dans un fort mauvais état, devient le cadre de leur lutte quotidienne pour survivre, où ils coupent du bois et chassent des ours pour vendre leurs vésicules biliaires au prix fort. Leur relation fraternelle est marquée par une tension entre tendresse et rivalité, loyauté et fatalisme.

Wink installe une atmosphère mélancolique, presque crépusculaire. Le lecteur s’engage dans le roman avançant lentement et avec prudence, sachant qu’un élément va immanquablement céder. L’apparition de « l’Écossais », personnage mystérieux et captivant (maître d’œuvre du trafic de vésicule) introduit plus qu’une touche de criminalité en leur faisant miroiter un commerce encore plus fructueux, mais tout aussi illégal. L’histoire bascule par la force des choses vers le roman noir. Les deux frères, acculés, acceptent un marché plus risqué, au cœur de Yellowstone, où la loi et la morale deviennent des notions plus que mouvantes (et c’est un euphémisme).

La construction est parfois inégale, surtout avec le retour abrupt de la mère. Mais reconnaissons la fluidité de l’écriture, la puissance d’évocation, et cette manière qu’a Wink de faire surgir un peu  d’humanité dans les fissures de la précarité.

Les Braconniers s’avèrent être un récit rude et émouvant où la magnificence brute du Montana se mélange à la fragilité des âmes. Ce livre, grâce à la plume de Wink, nous rappelle que la survie ne se résume pas à la chasse illégale, mais qu’elle dépend de la loyauté, de la mémoire et de ce lien mystérieux qui unit les frères face aux intempéries.

Commentaires

Messages les plus consultés de ce blogue

Les 12 jours de Noël : Comptine «bédésque. »

Transmission : En quête du nord.

Tsunamis : Au cœur de la tempête témoin/acteur