Une maman, des abeilles et le temps qui passe

                                                         


L’envol de la mésange

par Daniel Lessard

Éditions Pierre Tisseyre

384 p

Tout le miel de la vie

Par Christian Signol

Albin Michel

310 p

Durant plus de quatre décennies, Daniel Lessard a été journaliste à Radio-Canada. Il est également auteur de romans historiques se déroulant dans sa région natale, la Beauce, une région rurale qu’il décrit avec passion sans tomber dans la nostalgie. Des histoires vécues, certes, avec des personnages hauts en couleur, qui sont le sel d’un monde où l’entraide était primordiale. Il signe un roman doux-amer sur une famille dont la vie va basculer parce que la mère souffre de « troubles mentaux ». Très mal connus à l’époque, comment pouvait-on prendre soin de ces personnes au risque de faire éclater la cellule familiale ? De Polycarpe à la grand-mère Clémentine, quelle femme forte et intelligente à Liette, qui ne reconnaît plus ses proches, vous allez suivre les aléas de cette cellule. Chorolus, le benjamin qui faillit être étranglé par sa mère dans un « accès de folie « est sans contredit le deuxième personnage le plus attachant. Il va contre vents et marées soutenir son père, souhaitant un jour que sa mère sorte de ce trou noir, sans réaliser que les jours de cette dernière sont comptés. L’histoire d’une époque, de certaines résignations et d’une fratrie aux désirs multiples, comme la grande sœur qui deviendra modiste dans la jeune ville de Québec. Un roman qui fait du bien, que l’on dévore comme une série télévisée.


                                          


Christian Signol nous ramène une fois de plus vers cette France rurale qu’il affectionne tant : celle des silences, des blessures secrètes et des élans de générosité. Situé dans la Dordogne de l’après-guerre, le roman raconte l’histoire d’Alban, un jeune garçon élevé par son père François. Ce dernier est un homme de peu, apiculteur au grand coeur qui a tendrement soigné ses abeilles depuis la disparition mystérieuse de sa mère. Alban, jeune garçon, s’efforce de prendre soin de son père, qui a du mal à comprendre le monde moderne, mais qui fait de son mieux pour aider son fils. Une lettre imprévue vient perturber leur existence, bien qu’elle laisse certaines zones d’ombre que vous découvrirez au fil des chapitres. Dans cette communauté soudée, le prête du village occupera une place centrale, peut-être pas la plus centrale.. Il aidera Alban à éclaircir son passé lointain et mystérieux, qui ne tient qu’à quelques écrits.

Signol retrouve son ton chaleureux qui lui a fait connaître le succès. Son écriture fluide et empreinte de tendresse célèbre la nature, les liens familiaux et les valeurs humaines. Soulignons la simplicité du récit ainsi que la profondeur de ses personnages, notamment François, le père, un homme fragile qui basculera malheureusement vers un monde inconnu de tous.

C’est un roman moderne de terroir, « Tout le miel de la vie », qui célèbre surtout la solidarité qui a émergé après la guerre. La famille de réfugiés espagnols apporte une dimension historique et humaine. Signol est un peu ma « madeleine de Proust », un livre où je retrouve des thèmes intemporels : l’enfance, la transmission, la mémoire et le rapport presque sacré à la terre.

Ce livre contient la douceur des jours anciens, qui furent pourtant loin d’être faciles, avec une légère pointe d’amertume. Le temps qui passe et ces êtres qui disparaissent. Signol n’est pas révolutionnaire, mais il offre un refuge pour échapper à la morosité de novembre.

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