Débarqués : Le silence des routes.

 

                                                   


      

Par Robert Laplante

Il y a des escapades routières qui sont agréables, enchanteresses, contemplatives et quelques fois initiatiques. Il y en a d’autres qui le sont beaucoup moins. Et parfois, des équipées qui sont tristes, presque malaisantes et qui nous forcent à explorer, malgré nous, les tréfonds de notre altruisme et de notre inhumanité.

Gil et Jean-Fran, eux, ne font surtout pas un» road trip» pour leur plaisir. Ils le font pour l’argent. Avec leur camionnette, ils doivent conduire en Abitibi: Coco, un trisomique plutôt balèze, et Winston, incapable de communiquer avec les autres sans des pictogrammes et condamné à se déplacer en fauteuil roulant. Pourquoi l’Abitibi? Tout simplement parce qu’ils ont rendez-vous avec le médecin d’une mystérieuse clinique située sur une île isolée. Mais rien ne se passe comme prévu et rapidement ce qui devait être somme toute une randonnée pépère, prend des airs de tragédie.

Fruit de la collaboration du bédéiste Michel Hellman, que j’aime beaucoup, et de l’auteur de polar et de roman noir André Marois, Débarqués, qui vient d’arriver sur nos tablettes, est une courte, mais fascinante BD. Une descente troublante au cœur de nos préjugés ordinaires.

Avec son trait vivant, économique, nerveux et apaisant, Hellman restitue parfaitement l’émotion et le rythme du scénario de Marois. Sous ses pinceaux les répliques laconiques et les silences évocateurs, qui nourrissent la très longue traversée bercée au rythme des grand-routes impersonnelles et froides et des forêts immenses, immuables, gigantesques, imposantes, presque écrasantes, gagnent en authenticité et en efficacité.

André Marois trouve le ton juste pour raconter cette interminable randonnée, même si j’aurais aimé qu’elle soit plus longue. Elle prend rapidement l’allure, à mesure qu’ils avalent le bitume des routes et des autoroutes, le sentiment d’un voyage intérieur.

Loin de n’être qu’une bande dessinée noire, même si tout pouvait le laisser présager, Débarqués, se veut aussi un chant d’espoir. Une déclaration d’amour envers les importantes qualités, souvent enfouies profondément dans son âme, de l’être humain. Ces grandes qualités qui trouvent à l’occasion, quand la situation l’exige, le chemin pour s’exprimer.

Bien sûr, l’expédition se termine tragiquement. Mais grâce à une dernière case ouverte, les auteurs nous laissent l’occasion de construire notre propre suite. Il y a dans cette dernière page, cette minuscule note d’espérance nécessaire pour survivre à ces ténèbres qui s’en viennent. Il y a dans cette ultime case, une petite flamme de tendresse qui nous rappelle tout ce que nous pourrions être.

Une première collaboration entre deux auteurs talentueux qui ouvre la porte à de bien belles promesses d’avenir. Espérons qu’ils retravailleront ensemble.

Michel Hellman, André Marois, Débarqués, La Pastèque.

Commentaires

Messages les plus consultés de ce blogue

Bob Denard; le dernier corsaire de la France.

Bluffant Sherlock Holmes

Médecins de guerre