Les guerres de Lucas, épisode II : Le studio contre-attaque.

                                                                           


                                            

Par Robert Laplante

Oh ! J’ai hâte au mois de mai ! Pourquoi ? Parce que les journées seront belles et chaudes et que l’interminable hiver sera un lointain souvenir ? Non… Enfin, oui, mais pas juste pour ça. J’ai hâte au mois de mai, et tout particulièrement au 22, car c’est le jour où « The Mandalorian and Grogu » sera diffusé en grande primeur. Un nouveau Star Wars consacré aux deux personnages principaux de l’excellente série télé The Mandalorian.

En attendant cette nouvelle incursion dans l’univers interstellaire imaginé par George Lucas, on peut arpenter les coulisses de la trilogie originale grâce à Laurent Hopman et Renaud Roche. Leur deuxième tome de la bande dessinée Les Guerres de Lucas est arrivé à Montréal juste à temps pour Noël.

                                              


George, je suis ton fils.

Ce nouvel opus, consacré à L’Empire contre-attaque, est aussi, sinon plus, solide que le premier, qui s’intéressait à Un nouvel espoir. Ce film iconique a marqué l’inventivité de plusieurs adolescents.

Après le succès de ce Nouvel Espoir, Lucas détient maintenant tous les leviers pour maîtriser sa création et ainsi gagner en autonomie face aux studios et à leurs exigences.

Mais hélas, rien n’est jamais simple à Hollywood et dans l’industrie cinématographique. Lucas devra faire face à une multitude d’obstacles qui perturberont constamment son tournage, au point où l’envers du décor de L’Empire contre-attaque, est peut-être plus dramatique et palpitant que le film lui-même. Et Dieu sait que le film est palpitant !

De l’accident de voiture de Mark Hamill à la disparition de la scénariste légendaire Leigh Brackett, en passant par les hésitations coûteuses du réalisateur Irvin Kershner, les obstacles de production insurmontables et les intrigues de la Fox visant à éliminer ses aspirations à l’indépendance et à la suprématie dans son univers, Lucas se trouve au cœur d’une tourmente qui menace sa santé physique, mentale, amoureuse et financière.

                                                   


Le résultat est une bédé captivante, de la première à la dernière page. À nouveau, Laurent Hopman, un fabuleux conteur, nous guide avec brio derrière l’écran et raconte avec verve et passion une production aux mille rebondissements. Quant au dessin, tout en rythme et en élégance, de Renaud Roche, il s’harmonise parfaitement aux mots et aux univers de Lucas. Avec un trait efficace et un montage énergique, le dessinateur traduit, avec sensibilité, l’anarchie qui règne sur un plateau de tournage, où tout est imprévu.

Plus qu’un journal de tournage : Les guerres de Lucas sont avant tout une touchante déclaration d’amour pour le cinéma populaire américain des décennies 70 et 80. Un cinéma qui ne cesse de me surprendre et de me séduire.

J’aime énormément les bandes dessinées, les livres, les films et les documentaires qui traitent des tournages légendaires. Ces deux volumes occupent une place de choix dans cette catégorie.

                                               


En vérité, j’ai tellement aimé ce second tome que, après l’avoir lu, je me suis lancé dans un marathon Star Wars composé de ses 11 films en prises de vue réelles et de ses séries télé. Il me reste seulement à regarder ses dessins animés et à découvrir Mandalorian et Grogu. Malheureusement, je devrai attendre la fin du mois de mai pour ce dernier. L’hiver risque d’être encore plus long.



                                                  

Chez ces gens-là, on ne vit pas, Monsieur…

Il n’y a pas que Les guerres de Lucas qui ont marqué mon temps des Fêtes en BD ; il y a aussi la très belle adaptation en bande dessinée de La Maison du canal. Ce roman sombre et impitoyable du grand Simenon est signé par José-Louis Bocquet et Édith.

Faisant partie de ses « romans durs, » ceux qui ne mettaient pas en scène son fameux commissaire Maigret, La Maison du canal se rapproche du réalisme. Il y dépeint sans pitié le quotidien triste d’une famille de propriétaires terriens de Neroeteren, une commune limbourgeoise, soumise à la pluie, au froid et aux lourds nuages.

                                               


L’arrivée de la cousine Edmée van Elst, âgée de 16 ans et dont le père médecin vient de mourir, et la mort soudaine du chef de famille, son oncle, qui a hypothéqué la propriété, ont mis le feu à une poudrière prête à exploser.

Dans une narration marquée par une dureté et un pessimisme presque douloureux, José-Louis Bocquet et Édith ont méticuleusement mis en scène La Maison sur le canal de Simenon. Ils ont su restituer avec authenticité l’atmosphère étouffante de ce milieu dominé par l’immobilisme, l’austérité religieuse, les tabous anxiogènes, les conventions lourdes et les secrets inavouables. Ce monde aride, gris, froid, sans soleil, sans éclat, sans couleur, sans excès… sans espoir.




                                     

Magnifique bande dessinée coup de poing, La Maison du canal reste longtemps dans la mémoire, comme les traces d’une ancienne douleur jamais vraiment disparue. En refermant ce livre, je ne pouvais m’empêcher de penser au film de Bahman Ghobadi, Un temps pour l’ivresse des chevaux. Il a remporté la Caméra d’or au Festival de Cannes en 2000 et est l’un des films les plus émouvants que j’aie jamais vus. Il m’a laissé une profonde impression qui persiste encore après près de 26 ans.

Faut vous dire, Monsieur

Que chez ces gens-là

On ne vit pas, Monsieur

On ne vit pas, on triche

(Jacques Brel, ces gens-là)



Renaud Roche, Laurent Hopman, Les Guerres de Lucas épisode II, Deman éditions.

José-Louis Bocquet, Edith, d’après George Simenon, La Maison du canal, Dargaud

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