Patrick Sobral : Le légendaire derrière Les Légendaires
Par Robert Laplante
Gros hiver, du moins au Québec, pour « Les Légendaires », série culte de la bande dessinée française de fantasy. Coup sur coup, débarquent chez nous le 6e tome des Chroniques de Darkhell, le 5e de Résistance, deux séries dérivées de leur univers, et un long-métrage, présenté sur nos grands écrans depuis le 27 février. Pour l’occasion, nous avons eu l’opportunité de nous entretenir avec Patrick Sobral, l’auteur de cette création qui a captivé l’imagination des enfants francophones pendant deux décennies.
Je n’avais pas parlé à Patrick Sobral depuis 12 ans. Cette fois-là, il ne songeait pas du tout à en faire une série en cours, et encore moins à créer des séries dérivées. Ce souvenir nous fait bien rire aujourd’hui. « Quand je vous ai dit ça, la série n’avait pas encore le succès qu’elle a connu par la suite. Je pensais la conclure vers le 12e opus. Mais voilà, elle a pris son envol par la suite et elle est devenue “un succès de librairie.” Du coup, je me suis senti plus à l’aise pour la continuer. »
Ce qu’il fera jusqu’en 2020, il continuera à travailler sur la série Les Légendaires et à produire des albums. Mais ce n’est pas parce qu’il fermait ce chapitre qu’il en avait fini avec l’univers qu’il avait échafaudé. « J’avais encore beaucoup de choses à raconter sur lui. C’est pour ça que j’ai développé 6 séries parallèles, » mais dessinées, cette fois, par des collaborateurs, dont la moitié sont des femmes. « Je crois qu’elles ont plus la “vibe” manga que les hommes. »
Il a créé six séries de bandes dessinées, en assurant les scénarios, les illustrations, la direction artistique et la conception des personnages. « Pas tout à fait. Il y a des séries où j’interviens très peu. » Les Légendaires Saga, une adaptation en manga de la série télévisée originale, et Les Légendaires Missions, une bande dessinée inspirée de la série animée diffusée sur TF1 en 2017.
Voici sept séries télévisées, y compris la série originale, des romans, un jeu de rôle, une émission animée pour la télévision et maintenant un long métrage pour le cinéma. C’est une véritable prouesse, car son univers a connu un succès durable pendant 22 ans, défiant les tendances changeantes du secteur des loisirs. « Je fais le genre de bédé que j’aurais aimé lire quand j’avais 10 ou 12 ans. Les Légendaires, c’est le fruit de toute la pop culture que je consommais quand j’étais jeune. On y retrouve des influences de Star Wars, d’Avatar, d’Harry Potter et du jeu vidéo. »
Tout cela s’unifie dans une histoire où l’action, l’humour, le drame épique, la romance, l’entraide, l’amitié, le dépassement de soi, la défense des faibles et la lutte contre le mal dansent au rythme d’une mélodie graphique rythmée, aussi efficace qu’implacable. « Ça peut sembler un peu cliché tout ça, mais je crois que c’est ce qui fait son succès. Les messages que je véhicule et les récits que je raconte sont intemporels. Ils parlent à plusieurs générations. » Sans compter son dessin qui sent bon le manga, « Je crois qu’il explique aussi sa popularité. Le graphisme manga est très dynamique et moderne. Il plaît toujours autant aux jeunes. »
Des jeunes qui s’identifient, quelle que soit leur génération. « Quand mes lecteurs atteignent 15-16 ans ou deviennent de jeunes adultes, ils décrochent de la série. Mais il y a toujours une nouvelle génération qui les remplace. La plupart de ceux qui me lisent maintenant n’étaient pas nés quand la série a commencé. Il y a quelques jours, j’ai fait une séance de dédicaces. La majorité des participants avait entre sept et dix ans. Mes admirateurs de la première heure ne me lisent peut-être plus, mais il y a des nouveaux qui commencent et qui aiment tout autant. »
Lancée en 2004, la série faisait figure d’ovni dans le paysage « bédéesque » européen francophone, en raison du fait qu’il s’agissait d’un manga de fantasy en français fait par un Français, ce n’était pas courant. Il nuance toutefois cette constatation. « La fantasy a toujours été populaire en France, on pense à Lanfeust de Troy, d’Arleston et Tarquin ou à la Quête de l’oiseau du temps de Loisel et Letendre. Mais c’est vrai qu’avec un graphisme manga, c’était assez inusité pour un auteur français. Les maisons d’édition sentaient bien, à cette époque, qu’il y avait une nouvelle génération d’auteurs, dont moi, biberonnés à l’animation japonaise, qui arrivait. J’ai juste été un des premiers à proposer un projet. »
Il est vrai que, compte tenu du grand nombre de séries qu’il a produites, il courait le risque de s’étirer en longueur. En effet, on ne compte plus le nombre de bédéistes qui n’ont pas su conclure au bon moment. Cela ne semble pas trop l’inquiéter. « J’ai fini Les Légendaires de peur de faire l’album de trop. L’éditeur voulait que je continue pendant quelques années encore. Mais j’avais senti que le temps était venu de conclure la série principale. Si j’ai fait des séries dérivées, ce n’était pour inonder le marché. Chacune d’elles a sa raison d’être. La plupart d’entre elles ne dépasseront pas dix tomes. Ce qui me motive, c’est d’avoir des histoires à raconter. Quand je n’ai plus rien à raconter, je termine une série. Sinon, elle continue. »
Heureusement pour nous, il a toujours plein d’histoires à partager dans sa besace.
Les collections de « Légendaires » sont éditées par Delcourt.
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