Sur la piste de Blueberry : À l’Ouest, il y a du nouveau
Par Robert Laplante
Le 31 octobre 1963, un nouveau héros fit son apparition dans le numéro 210 du journal Pilote : Mike Steve Donovan Blueberry.
Au fil de ses aventures, celui, qui, à l’origine ne devait être qu’un des personnages qui rythmaient la vie du Fort Navajo, connaîtra autant de transformations psychologiques et physiques que la BD franco-européenne elle-même.
Blueb, comme ses amis l’appelaient, n’était pas seulement un héros de papier. Il était aussi la preuve vivante de l’évolution du médium, initialement réservé aux enfants et aux adolescents, vers une forme d’art adulte, sans complexes et assumé.
Cependant, ce n’est pas tout, même si c’est déjà considérable. La création de Jean-Michel Charlier et Jean Giraud marque aussi la transition du héros traditionnel sans peur, sans reproche et d’une droiture infaillible à ce séduisant antihéros, torturé par ses zones d’ombre et de lumière, qui s’imposait de plus en plus dans la culture populaire, en particulier sur grand écran.
Pour moi, Blueberry est une bande dessinée qui m’a accompagné depuis mon adolescence. C’est vers la fin des années 70 que j’ai découvert: Le Général Tête jaune dans les vieux numéros du magazine Pilote qui traînaient dans le chalet familial. J’en relis des passages tous les cinq ans, et, à chaque fois, il me surprend. Même si je la connais par cœur.
Avant la fin de l’histoire d’Amertume Apache, la bande dessinée tant attendue de Joan Sfar et Christophe Blain, les éditions Dargaud offrent: Sur la piste de Blueberry, une touchante déclaration d’amour conçue par Ralph Meyer, Mathieu Lauffray, Enrico Marini, Matz, Corentin Rouge, Olivier Taduc, Félix Meynet, Oliver Bocquet, Michel Blanc-Dumont et plusieurs autres artistes de « Petits Mickey » .
J’ai tendance à être prudent à l’idée de lire des albums de ce type, car ils ont souvent des qualités inégales. Le meilleur peut parfois côtoyer le pire, l’ennuyeux, l’artificiel ou le manque d’inspiration. Cependant, il faut reconnaître que le défi pour les participants est presque insurmontable. Il est difficile de capturer l’essence des héros et des créateurs célébrés dans des histoires courtes de trois ou quatre pages. Ainsi, le dessinateur de bandes dessinées se transforme en un acrobate qui doit préserver la création sans pour autant s’altérer. Un équilibre précaire qui n’est pas toujours atteint.
Bien que ses résultats soient généralement décevants, je dois admettre que j’ai été agréablement surpris par ses actions dans cette situation particulière. Les divers artistes ont réussi à s’intégrer harmonieusement au style de Giraud/Charlier. Ils ont également conféré à ces personnages une véritable profondeur et une véracité, nous faisant presque oublier que ce sont des hommages.
En examinant des aspects inexplorés de son passé, les participants éclairent la personnalité complexe et multidimensionnelle de la Tunique bleue la plus célèbre de la bande dessinée. Avec Blutch et Chesterfield, évidemment. Chaque proposition, même celle qui m’a moins séduit, a sa place dans cette visite du mythe.
Malgré la variété de styles graphiques et scénaristiques chez les invités, on remarque un petit fil conducteur qui unit chacune des histoires, ce qui confère à l’album une belle continuité et une grande homogénéité. Tout se tient dans le grand récit « blueberryesque, » où toutes les histoires se répondent et s’influencent mutuellement, et où elles s’adressent à nous.
Il est également important de souligner le travail des deux éditeurs, François Le Bescond et Nicolas Thibaudin, qui ont réussi à trouver les bonnes personnes pour relancer ce projet. De plus, ils ont habilement orchestré une succession d’histoires captivantes. Chaque proposition est à la bonne place et nourrit le rythme feuilletonesque de la bande dessinée. Ce que n’aurait pas renié le grand auteur de feuilletons qu’était Jean-Michel Charlier, qui excellait dans l’art de raconter une histoire.
C’est peut-être là que Sur la piste de Blueberry m’a le plus étonné. Dans ce genre d’hommage, la construction des histoires courtes est souvent moins solide, plus proche d’une route criblée, de virages et d’obstacles. Nous nous trouvons sur une autoroute impeccablement rectiligne, dépourvue de virages, d’obstacles, de stops, de feux de signalisation, de ronds-points ou de nids-de-poule. Une route où l’on peut rouler à tombeau ouvert sans craindre de déraper ou de ralentir.
Bande dessinée captivante qui apaise l’impatience de la conclusion d’Amertume Apache. Cependant, il ne faudrait pas que cela s’étire indéfiniment. La lecture de Sur la piste de Blueberry m’a redonné envie de relire mes autres aventures de Blueberry, que je n’avais pas lues depuis trois ans. Il est temps pour moi de revenir dans l’ouest éternel du fort Navajo.
À moins que j’aie envie de me replonger dans l’adaptation cinématographique psychédélique de Jan Kounen… mais, là, je suis moins certain.
Peut-être que ce DVD va continuer à prendre la poussière dans ma vidéothèque.
Sur la piste de Blueberry, Dargaud.
L’étoffe d’un héros
Sur la piste de Blueberry
D’ après l’oeuvre
De Jean-Michel Charlier( scénario)
Jean Giraud( Dessins)
Des grands noms de la BD rendent hommage au western culte
Dargaud
126 p
Quel est le dénominateur commun entre Milo Manara, Fred Duval, Michel Blanc-Dumont, Thierry Martin, Blutch et Ralph Meyer ? Leur amour passionné pour le lieutenant Blueberry, bien sûr, mais aussi l’influence profonde que le scénario et le dessin ont exercée sur eux. Il ne faudrait pas oublier notre cher ami Jacques Lamontagne, dont la série Wild West est une véritable merveille.
Blueberry, le personnage principal de la bande dessinée, a été créé en 1963 dans le magazine Pilote par Jean-Michel Charlier et Jean Giraud. Il fera ses débuts officiels dans l’aventure Fort Navajo en 1965. Ce cow-boy hors du commun, à la manière des westerns de Sergio Leone, présente des ressemblances avec Jean-Paul Belmondo et Charles Bronson. Sans être un féru de bandes dessinées, je me souviens de deux albums remarquables : La mine de l’Allemand et Le Spectre aux balles d’or. La trame bien ficelée de Jean-Michel Charlier, allié au dessin de Jean Giraud, futur Moebius, est une œuvre d’art en soi.
Les lecteurs peuvent ainsi découvrir l’évolution de l’Amérique préindustrielle et la conquête de l’Ouest, avec son lot de lâchetés. Jimmy Mc Clure où la redoutable Chihuahua Pearl est un exemple de la manière dont Blueberry explore un Ouest parfois mythique, mais jamais idéalisé.
Parmi les 29 scénaristes de bandes dessinées les plus talentueux, les clins d’oeil sont représentés par de courtes histoires qui sont autant de préambules à des récits à venir, comme « Blueberry enfant ». J’aimerais mentionner le travail remarquable de Michel-Blanc Dumont/Jean-François Vivier, Dominique Bertail, Philippe Xavier, Thierry Martin, Vincent Perriot, Olivier Bocquet et Anlor. Quant à « En bout de piste », avec ses couvertures d’albums détournées, il est tout simplement magnifique.
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