Sur la piste de Blueberry : De retour en selle.

 

                                                                


Par Robert Laplante

Ce qui me peine le plus, c’est de voir tous ces héros de bandes dessinées, qui ont marqué notre jeunesse, errer dans des zones floues de notre mémoire. Ils sont prisonniers de ces limbes, attendant une possible renaissance, même si elle est éphémère.

Blueberry a quitté l’avant-scène de la bédé en 2007. Depuis, il chevauche, sans but, dans les plaines désertiques de l’Ouest éternel, en attendant de renouer avec l’enivrante célébrité d’antan. Soixante et un ans après la publication de Fort Navajo, sa première aventure, le lieutenant pourrait bien goûter à nouveau à la notoriété grâce à « Sur la piste de Blueberry », un surprenant hommage livré par un collectif de bédéistes.

« Cet album n’a pas été fait pour des raisons financières, explique François Bescond, éditeur chez Dargaud et responsable du projet. Nous voulions, avant tout, célébrer cette série devenue, au fil des ans, un modèle pour les bédéistes et les bédéphiles et rappeler qu’elle n’est ni morte ni enterrée. »

                                                 


L’éditeur avait déjà employé cette approche dans sa publication précédente, « Amertume Apache », une captivante adaptation signée Christophe Blain et Joan Sfar. « Lorsque nous l’avons publiée, en 2020, il n’y avait pas eu de nouveaux Blueberry depuis le décès, en 2013, de Jean Giraud. » Et on le sait sans nouveauté, une série, aussi importante soit-elle, risque d’être oubliée et de prendre la poussière sur les rayons de la section archives des bibliothèques et des librairies. Un nouvel album, comme Amertume Apache ou Sur la piste de Blueberry, permet donc d’en parler de nouveau et parfois de vendre ses anciens titres.

Si l’album connaît un franc succès, il pourrait même attirer l’attention des jeunes lecteurs sur une série qu’ils ne connaissent pas du tout ou à peine. « Je ne sais pas. Il n’a pas été fait pour ça. Il ne faut pas se mentir, Blueberry touche majoritairement un public d’hommes de plus de 40 ans. Je pense que notre hommage s’adresse surtout à ceux qui l’aiment déjà. Mais s’il rejoint les plus jeunes, c’est tant mieux, » précise celui qui a été biberonné aux personnages du journal Pilote, dont notre fameux Blueb.

                                        


Album truffé de surprises réjouissantes, l’hommage propose de courtes histoires et de magnifiques illustrations, gracieusetés de 29 talents de la bande dessinée. « En fait, c’est plutôt 28, parce que Jean Maillard ne fait pas de la bande dessinée, il est peintre. Mais c’est le dernier élève de Jean Giraud. Quand Isabelle Giraud, veuve de Jean Giraud, nous l’a recommandé, nous nous sommes dit que c’était une bonne idée. »

Oui, parce qu’Isabelle Giraud et Philippe Charlier, fils du légendaire Jean-Michel Charlier, ont joué un rôle fondamental dans la conception de l’album dès le début. « Normal, ce sont les ayants droit, les gardiens du temple. » Philippe Charlier a reçu tous les synopsis tandis qu’Isabelle Giraud, elle, s’est occupée des histoires et des planches. Par la suite, « ils nous ont fait des retours pour discuter de certains petits détails. »

Après avoir donné leur approbation, les deux héritiers se sont également impliqués activement dans le choix des potentiels participants, en proposant des noms. François Bescond et son coéditeur, Nicolas Thibaudin, responsable des archives et expert de Blueberry, ont ajouté ces noms à la liste des collaborateurs possibles.

Les deux hommes ont contacté les bédéistes et les ont invités à raconter des histoires, de 2 à 8 pages, mettant en vedette la plus célèbre tunique bleue de la bande dessinée franco-belge. « On ne leur a pas imposé un angle précis. On leur a juste demandé de faire un hommage qui se glisserait dans les interstices de sa saga et qui s’inscrirait dans son univers original. »

Presque tous les auteurs contactés acceptent l’invitation avec enthousiasme, à l’exception de ceux qui n’ont pas le temps, qui doivent se résigner à faire une illustration, comme Manara, un ami de Giraud, ou Blutch. « Blutch est très attaché à Blueberry. Nous en avons souvent parlé, lui et moi. Il voulait réaliser une histoire, mais son horaire ne lui permettait pas. Alors, il a proposé de fausses couvertures de Blueberry. »

Idem pour Ralph Meyer, qui tenait absolument, lui aussi, à y participer. « Il avait déjà écrit le scénario, mais il n’a pas eu le temps de l’illustrer. » Il a réalisé, à la place, un dessin évocateur où apparaissent Blueberry et Undertaker. « S’il fait aujourd’hui Undertaker, c’est parce qu’il a lu Blueberry à un moment de sa vie. »

Tout comme plusieurs autres personnes qui sont impatientes de découvrir la fin d’Amertume Apache, vous pourrez vous régaler avec cette œuvre graphique. « Elle s’en vient ! Elle devrait arriver dans les libraires au second semestre de 2026, » confie l’éditeur. Une sortie qui sera précédée d’une prépublication sous la forme de trois carnets à tirage limité, disponibles entre mai et août.

Vivement mai !

Sur la piste de Blueberry est publiée aux éditions Dargaud.

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