Je reviens dans 6 mois : A bientôt si Dieu le veut.

 


                                                     

Par Robert Laplante

« Hasta luego! À bientôt, si Dieu le veut. Hasta luego ! On se reverra sous peu », chantait, en 1973, Hughes Aufray, un vibrant hommage à ces explorateurs qui ont parcouru des terres inconnues. Mais ces expéditions ont bien beau titiller notre imagination, elles peuvent, parfois, s’avérer ardues, dangereuses, voire tragiques. Parlez-en à Joseph Dombey et Raymond Maufrais, héros de nos deux bandes dessinées du jour.

Le mètre des Caraïbes.

Dire que Joseph Dombey n’a pas de veine est presque un euphémisme. Rarement a-t-on vu quelqu’un d’aussi malchanceux. Bien sûr, il y a eu Job, Jonas et Alfred Dhumonttyé, le protagoniste du légendaire film « Les Malheurs d’Alfred ». Mais Joseph Dombey, personnage principal du « Mètre des Caraïbes », l’hilarante bédé de Lupano et de Chemineau, est vraiment dans une classe à part.

Pour ne pas avoir de veine, ça, il n’en a pas du tout le Dombey. Naturaliste, l’ami de Jean-Jacques Rousseau reçoit, de la Convention nationale, le mandat de présenter aux Américains les étalons des nouveaux poids et mesures adoptés par les révolutionnaires français.

Hélas, la poisse le poursuit toujours. En route vers les Amériques, le navire qui le transporte est victime d’une tempête et d’une attaque de pirates où, selon le journaliste du Monde Pierre Breteau, il perd la vie. Décidément, même jusqu’à la fin, la baraka l’accompagne.


                                        


Mais ça, on n’en a jamais été certain. Et si, au contraire, les écumeurs de la mer l’avaient capturé et emprisonné dans leur repaire caraïbéen. Après tout, un officiel du gouvernement français, ça doit valoir des sous. À partir de cette prémisse, Lupano et Chemineau nous proposent une comédie déjantée qui nous promène au cœur de la prise d’otage la plus absurde de l’histoire.

Truffé de personnages truculents, dont un équipage d’incapables plus proches des marins des films « Pirates des Caraïbes » que des terribles flibustiers de « L’île au trésor », le récit concocté par Lupano est une boîte à surprise qui emprunte constamment des sentiers que je n’avais pas prévu.

Appuyé par le trait enthousiaste et très nerveux de Chemineau, « Le mètre des Caraïbes » est une bédé réjouissante, pleine de rythme, de rebondissements, de quiproquos, d’imbroglios et de désopilantes tirades.



Pour ce qui est du sort du pauvre scientifique français, disons que le guignard est incarcéré sur l’île de Montserrat. Et que retrouve-t-on sur cette île ? Je vous le donne dans le mille, l’imprévisible Soufrière. Alors, il ne faut pas être le roi de la déduction pour savoir que, si vous associez un volcan toujours prêt à se réveiller à un aimant à malheur comme Dombray, le pire peut se produire… et se produit.

Pour notre plus grand plaisir.

                                    


Je reviens dans six mois.

Si Lupano et Chemineau ont fait de la dramatique disparition de Joseph Dombey, une irrésistible farce, ce n’est pas le cas de Lucas Landais, qui dans « Je reviens de six mois », illustre avec émotion l’épopée tragique de Raymond Maufrais, un explorateur français qui aspirait à s’aventurer seul dans les légendaires et fictifs monts Tumuc-Humas, situés entre le sud de la Guyane et du Suriname et le nord du Brésil.

Fort de son expérience en terre brésilienne — il avait sillonné le Mato Grosso auparavant — et d’une confiance inébranlable en ses moyens, Maufrais s’embarque en 1949 dans cette folle entreprise, qui lui coûtera la vie.

Il ne subsistera de son expédition mal préparée que son carnet découvert miraculeusement par un autochtone. Depuis, son nom brille au panthéon des explorateurs disparus, aux côtés des Percy Fawcett et autres Amelia Earhart, morts en poursuivant leurs inaccessibles quêtes.


                          


Bande dessinée passionnante, « Je reviens dans 6 mois » est une incursion au cœur de l’obsession d’un Maufrais, incapable de trouver sa place dans un monde qui n’a plus besoin de ces héros sacrificiels, presque  mystique.

Le premier roman graphique solo du bédéiste est un captivant voyage dans l’esprit d’un homme qui sombre dans la folie, prisonnier d’un vertige qui le dévore comme une fièvre. Les images et les mots se combinent pour créer une expérience hypnotique. Avec son trait qui se déforme au rythme de la perte de réalité de l’ancien résistant, Landais peint, des couleurs de l’hallucination, du fatalisme, de l’obstination toxique et du désespoir de celui qui sait qu’il ne reviendra jamais, son implacable et anxiogène flirt avec la mort.

Une bande dessinée troublante qui m’est longtemps restée dans l’esprit.

Lupano, Chemineau, Le mètres des Caraïbes, Dargaud.

Lucas Landais, Je reviens dans 6 mois, Albin Michel

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