Les origines du conflit israélo-arabe : aux sources d’un nœud gordien. Par Robert Laplante
Par Robert Laplante
Ce qu’il y a de bien avec la bande dessinée, c’est qu’elle est un outil fabuleux pour vulgariser les informations complexes.
Sang d’encre, dans les coulisses d’une chirurgie cardiaque.
La chirurgie cardiaque est une de ses situations où l’on se sent rapidement dépassé si l’on n’a pas beaucoup de notions en médecine. La BD pourrait alors jouer un rôle fondamental pour la rendre plus compréhensible pour le commun des mortels.
C’est peut-être la mission que se sont donnée Patrick Lavoie, Virginie Tessier, Emily Landry-Lajoie et Karim Aktouf avec « Sang d’encre, dans les coulisses d’une chirurgie cardiaque », une fascinante bédé documentaire que les Presses de l’Université de Montréal viennent de publier. Ce n’était peut-être pas l’objectif de départ, mais il est certain que c’est le résultat final.
Je le sais, ça peut surprendre. Après tout, ce n’est pas le sujet le plus enthousiasmant de l’histoire de la bande dessinée. Pourtant, « Sang d’encre » m’a captivé du début à la fin.
Il faut dire que la scénariste Emily Landry-Lajoie a utilisé dès le début le filon idéal pour m’accrocher. En donnant la parole au sang, elle a trouvé la métaphore parfaite pour illustrer toute la complexité de la chorégraphie que se livrent les professionnels de la santé pour faire de l’intervention un succès.
Sa vulgarisation passionnante, qui repose sur un habile métissage entre l’émotion et l’information scientifique, est appuyée par l’élégant dessin animalier de Karin Aktouf. Ce dernier, qui a assisté à une opération à cœur ouvert et au suivi du patient aux soins intensifs, traduit avec justesse la réalité d’une chirurgie cardiaque, sans tomber, pour autant, dans une surenchère dramatique trop présente dans les œuvres de fiction télévisuelles et cinématographiques. Soulignons au passage l’impressionnante recherche de Patrick Lavoie et de Virginie Tessier, qui a su nourrir, avec intelligence et nuance, le récit que la scénariste et l’illustrateur proposent.
Si le sujet pouvait me paraître, au début, un peu hyperspécialisé, je dois avouer qu’il m’a rapidement séduit. J’ai même regretté que la bande dessinée ne fasse que 105 pages. J’en aurais pris plus.
Une belle surprise, qui, dès l’automne, sera utilisée comme matériel didactique auprès des étudiants et des étudiantes en sciences infirmières de certaines de nos universités.
Les origines du conflit israélo-arabe 1870 - 1950.
Il n’y a pas que dans la vulgarisation scientifique que la bédé peut être un outil exceptionnel. Elle peut aussi l’être en politique. Surtout, quand vient le temps de bien comprendre des affrontements presque insolubles. Comme celui qui oppose Israël à la Palestine.
Georges Bensoussan est un historien français spécialiste de l’histoire culturelle de l’Europe des XIXe et XXe siècles, en particulier, des communautés juives. Controversé, celui qui, ces dernières décennies, s’est beaucoup consacré à l’holocauste, l’antisémitisme et le sionisme, a publié en 2023 « Les origines du conflit israélo-arabe 1870 – 1950 », aux Presses universitaires de France dans la collection « Que sais-je ? ». Sa synthèse de 127 pages vient tout juste d’être adaptée en bande dessinée par Danièle Masse et Yana Adamovic.
Pour l’ancien directeur éditorial du Mémorial de la Shoah à Paris, le drame sans nom qui secoue cette région prend ses racines, non pas dans la création d’Israël en 1948 et la Nakba qui suivit, mais plutôt dans l’Europe de la seconde moitié du XIXe siècle.
C’est dans ce contexte européen, marqué par une montée de l’antisémitisme, notamment en Russie tsariste, et par un nationalisme identitaire et territorial agressif, que naît l’idée d’un foyer juif. Un concept qui évoluera et se radicalisera au fil des crises mondiales, des politiques colonialistes, des intérêts des puissances européennes et des alliances avec les nouveaux pays arabes qui émergent des cendres de l’Empire ottoman démembré au lendemain de la Grande Guerre. Un ballet diplomatique, à l’occasion musclé, où la parole palestinienne n’est pas vraiment écoutée.
En 2023, le livre de Bensoussan avait été salué pour la pertinence et les nuances de son regard sur un conflit beaucoup plus compliqué que les interprétations émotives, réductionnistes et un peu manichéennes qui envahissent l’espace public et médiatique, laissant croire le contraire. Ce qui n’a pas empêché certaines voix de lui reprocher un parti-pris idéologique, caché derrière le paravent de l’objectivité.
Si son bouquin expliquait efficacement les origines de ce nœud gordien aux multiples ramifications, il en est de même pour l’adaptation. Bien sûr, nous ne sommes pas dans une bédé historique qui utilise la fiction pour témoigner d’une situation. Nous sommes plus dans un impressionnant documentaire dessiné, riche en informations, mais, qui peut sembler quelques fois austère et légèrement désincarné.
Mais, cette absence d’émotion est sans doute ce qui m’a plu. En observant froidement les causes de ce conflit, qui nous déchire et qui met à dure épreuve notre humanité, je comprends mieux son essence.
Une lecture incontournable
Patrick Lavoie, Virginie Tessier, Karim Aktouf, Emily Landry-Lajoie, Sans d’encre dans les coulisses d’une chirurgie cardiaque, Presse de l’Université de Montréal.
Georges Bensoussan, Danièle Masse, Yana Adamovic, Les origines du conflit israélo-arabe 1870- 1950, Delcourt.
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