Ne jamais trembler : Même les monstres peuvent être réconfortants.
Par Robert Laplante
Depuis mon adolescence, j’adore Stephen King. Je ne me souviens plus si c’était « Carrie », « Dead Zone » ou « Salem’s Lot », mais mon premier Stephen King m’a fait tomber sous son charme. Une relation presque amoureuse qui ne se dément toujours pas, même si elle n’a pas été à l’abri de l’usure du quotidien, des déceptions et de pauses plus ou moins longues. Que voulez-vous ? Parfois, pour retrouver la magie passionnée des premières rencontres, il faut prendre des petits congés ou aller voir ailleurs. Pour moi, le lire, c’est aussi réconfortant qu’une promenade sur les lieux de mon enfance. C’est encore ce que j’ai ressenti avec « Ne jamais trembler », quatrième roman consacré à Holly Rachel Gibney, détective et propriétaire de l’agence Finders Keepers.
Dans cette nouvelle enquête, elle doit assurer la protection de Kate McKay, une militante féministe, en tournée de conférences à travers les États-Unis. Provocatrice, controversée et polarisante, McKay ne laisse personne indifférent. Surtout pas « l’Église de l’Authentique Christ saint », une obscure secte chrétienne intégriste, qui l’a dans son collimateur.
Apparue pour la première fois dans « Mr Mercedes » (2014), Gibney est depuis devenue une figure récurrente dans l’œuvre du maître américain du fantastique. Je n’avais pas renoué avec la détective obsessive, compulsive et complexée depuis « L’outsider » (2018). Je n’avais pas lu les deux autres livres qui lui étaient dédiés, « Ça va saigner » et « Holly, ».
Comme je la suivais moins, j’ai dû réapprivoiser sa personnalité surprenante et ses réactions déstabilisantes. Tout comme j’ai dû m’habituer à son environnement qui s’est beaucoup modifié depuis 2018.
Bref, j’ai dû redoubler d’attention, pour ne pas me perdre dans les dédales d’un petit monde dont j’ignorais tout de son évolution récente. D’autant plus que la narration propose une superposition de 3 récits, dont la traque d’un tueur en série, qui ne s’arriment que dans les derniers chapitres de cette brique de 514 pages.
Pourtant, malgré mes hésitations initiales et mon sentiment d’être parfois un peu largué par cette valse à trois partenaires, j’ai quand même été rapidement hypnotisé par ses intrigues riches et complexes qui se répondent constamment.
Véritable chef d’orchestre, King dirige cette symphonie du crime avec une virtuosité et une implacable efficacité, presque diabolique, qui m’a scotché. Je ne pouvais pas me détacher de cette enquête palpitante, qui devient de plus en plus intense à mesure que ses fils se dénouent et que le croisement, où les trois récits vont se rencontrer, approche. Chaque jour, j’avais hâte de la retrouver et de m’y replonger.
Encore une fois, King explore les subtilités d’une narration qu’il maîtrise à merveille. Le Mainois sait raconter une histoire. Tout comme il excelle dans l’art de la clore par une révélation finale titillante qui ébranle l’édifice qu’il a patiemment échafaudé. Et si, les propositions de King ne se terminaient jamais véritablement.
Plus j’y pense, moins je suis certain que cette nouvelle enquête de Gibney est vraiment résolue. Et si…
C’est pour ces points de suspension que j’aime Stephen King.
Stephen King, Ne jamais trembler, Albin Michel.
Et pourquoi j’aime toujours Stephen King
Ne jamais trembler
Par Stephen King
Albin Michel
490 p
Je ne pense pas que ce soit un grand Stephen King. Cependant, après toutes ces années à nous divertir et à nous faire peur, le maître a encore des munitions, surtout quand il décrit l’état actuel de l’Amérique. C’est aussi le retour de notre amie Holly Gibney, qui tentera de découvrir qui se cache derrière celui qui menace d’exécuter 14 citoyens, car un innocent a été, semble-t-il, victime d’une erreur judiciaire. Voici donc la première histoire qui se cooptera avec la seconde : Holly devient la garde du corps de Kate Mc Kay, une militante féministe pour les droits de la femme. Elle aura fort à faire dans un pays qui prône le conservatisme. Évidemment, elle sera dans la ligne de mire d’un « détraqué du bulbe » qui voit du rouge et du socialisme partout.
Est-ce le roman d’une époque révolue ? Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, King ne cesse de dénoncer les dérives dangereuses, les mensonges et les opinions qui ne font que conforter un électorat aux antipodes de causes plus justes.
Oui, nous aimons Stephen King autant que Holly, un personnage qui fonce souvent dans le brouillard, mais qui a un sens certain de la vérité. C’est un thriller percutant, parfois avec quelques longueurs, mais qui, une fois de plus, vaut vraiment le détour. Il ne parvient pas toutefois à atteindre le sommet d’Holly, Plus noir que noir ou Mr Mercedes.
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