Dust to dust. Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris

 




                                                  

Par Robert Laplante

« Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front jusqu’à ce que tu retournes en la terre d’où tu as été tiré ; car tu es poussière et tu retourneras en poussière. ». On connaît tous cette terrible condamnation que Dieu a proférée à l’humanité après avoir chassé Adam et Ève du paradis terrestre (Livre de la Genèse, chapitre 3, verset 19). Depuis, la malédiction de vivre et de retourner un jour à la poussière pèse sur nous. Et la poussière, il y en a beaucoup dans nos bandes dessinées. Énormément même.

Dust to Dust.

Oklahoma, 1935. Ravagés par la crise économique et la sécheresse, les Okies en arrachent. Ils souffrent tellement qu’ils quittent en grand nombre ces terres trop desséchées pour aller tenter leur chance dans l’ouest, espérant y trouver un meilleur sort.

La modeste ville de New Hope, située dans le comté de Cimmaron, ne fait pas exception. Comme ses consœurs, elle se vide de ses habitants attirés par les mirages californiens. À la différence que la petite commune abrite aussi un tueur en série qui profite des tempêtes de poussière dévastatrices pour assouvir ses perversions, et ce, depuis plusieurs années.

De quoi inquiéter la population. Mais, coincée entre l’exode vers le « Golden State », la crise économique et agricole et le besoin de sauver ce qu’il reste du bled paumé, l’administration municipale n’a pas le temps ou ne veut pas s’en occuper.

Si les autorités font tout pour détourner le regard, ce n’est pas le cas du shérif Lawton Meadows, vétéran de la Grande Guerre et alcoolique, qui tente par tous les moyens de le débusquer. Avec l’aide de Sarah Grange, une photojournaliste itinérante, le policier continue l’enquête, malgré les réticences des notables et ses démons intérieurs, pour éviter que le pire arrive.

Malheureusement, ce dernier est déjà là, tapi dans ces immenses nuages de poussière qui envahissent les rues de cette petite ville brûlée par un soleil trop intense.

Adaptation française de « Dust to Dust » de JG Jones et Phil Bram (Image Comics, 2026), cette bd anxiogène, aux décors presque postapocalyptiques, nous entraîne dans une descente aux enfers peuplés d’impitoyables personnages inquiétants, dignes des épisodes des « X-Files » et du film « Delivrance » (Boorman, 1972). Un théâtre parfait pour permettre aux auteurs de déconstruire devant nos yeux une société qui s’accroche à ses rêves désuets de paradis bucolique alors que tout s’effondre autour d’elle.

Efficacement raconté par Jones et Bram, le récit compte aussi sur les incroyables illustrations de Jones qui m’ont beaucoup fait penser à celles d’Alex Ross. Avec son trait presque photographique, comme s’il documentait froidement sur pellicule les coulisses de cette traque, Jones donne à la narration le parfum d’authenticité nécessaire pour rendre réaliste cette implacable poursuite.

Une belle lecture.

                                                        


L’étoile du nord.

Les reprises des héros d’antan sont toujours une tentation pour les éditeurs. Les vieilles gloires revampées, ça rapporte des sous, j’imagine. Même quand elles sont plus ou moins connues, comme Bruce J. Hawker, que William Vance (XIII, Bob Morane, Bruno Brazil, etc.) a sporadiquement dessiné de 1976 à 1986.

Depuis 2024, les éditions du Lombard ont redonné vie à ce marin anglais qui a parcouru les océans au début de XIXe siècle. Et quoi de mieux pour lancer ce grand retour que de l’envoyer à la recherche du fameux trésor des Templiers.

Si le premier tome (L’œil du marais, 2024) mettait en place les éléments de cette quête, le plus récent opus (L’étoile du nord), lui, suit les traces de Hawker et de ses compagnons dans un insoluble jeu de piste où énigmes, alliances douteuses, révélations, trahisons et déceptions se succèdent à un rythme infernal. Comme si le trésor s’éloignait à mesure qu’on s’en approchait.

Bien qu’elle ne réinvente pas la roue, « L’étoile du nord » qui rappelle le film « National Treasure » (Jon Turteltaub, 2004), la série télévisée « Le Mystère d’Oak Island » et le « Code Da Vinci » est une bande dessinée plaisante à lire.

Scénariste aguerri, Bec propose un récit solide, plein d’action et de rebondissements, qu’il dirige rondement avec un enthousiasme certain. Bec a le don de raconter des histoires, et il le prouve encore ici.

Quant aux spectaculaires illustrations de Puerta qui ressemblent à la fois à des peintures et à des photographies, elles souffrent d’une froideur déshumanisante qui nuisent un peu à la mélodie que Bec compose. Peut-être qu’un croquis plus authentique et moins soigné aurait mieux correspondu à cette épopée remplie de rythme et de mystère.

Mais ne gâchez pas votre plaisir. Si vous êtes amateurs de ces histoires classiques, elle saura vous satisfaire.



JG Jones, Phil Bram, Dust to Dust, Delcourt

Puerta, Bec, d’après le personnage crée par William Vance, Les nouvelles aventures du Bruce J Hawker, tome 2 L’étoile du nord, Le lombard.

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